Anthologie de Charles Melman

Charles Melman : Les sujets qui fâchent

Affiche des grandes conférences : Les journées qui fâchent

 

Les techniques de numérisation ont considérablement repoussé les limites du possible, cette catégorie finissant toujours par inclure celle de la morale. Celle-ci ne relève plus ainsi de la transmission d’un savoir collectif arrêté, mais d’algorithmes variables, renouvelables et éventuellement individuels.
L’effet en est lisible avec la récusation des valeurs et des idéaux qui étaient coutumiers et partagés au profit d’une « liberté » dont l’application va s’avérer pas moins contraignante mais différemment.
Cette « liberté » laisse-t-elle une place qui puisse se partager pour qu’on en parle sans se séparer ?

Charles Melman : Les sujets qui fâchent

Charles Melman : ouverture à la journée "Hommage à Jean Garrabé, ambassadeur de la psychiatrie"

Comme nous le savons, l’hommage est un genre littéraire qui consiste essentiellement à exalter les valeurs de celui que l’on a perdu, et en tant que justement, ces valeurs venaient illustrer et enrichir celles du milieu social.

Ce n’est pas la ligne que je pourrai suivre à propos de Jean Garrabé, parce qu’à sa manière et dans un champ particulièrement conflictuel et difficile, c’était à sa façon à lui, digne, tranquille, pacifique, savante, amicale, un combattant.

Charles Melman : ouverture à la journée "Hommage à Jean Garrabé, ambassadeur de la psychiatrie"

Amour et désir chez Freud et Lacan

Le complexe d'Œdipe comporte en lui-même ceci : c'est qu'il faudrait renoncer, que l'enfant aurait à renoncer à l'amour le plus pur, celui qu'il porte à la mère, pour pouvoir justement accéder au désir. Que cela en serait la condition. Et nous pouvons aisément vérifier que lorsque ce type de sacrifice n'opère pas, que ce soit du fait de la mère qui le refuse ou du fait de l'enfant qui ne peut y consentir, eh bien on sait du même coup que la mise en œuvre du désir, du désir sexuel, se trouve sérieusement handicapée. Remarquons que, bien sûr, à l'issue du passage par le dit complexe, le renoncement à l'amour porté à la mère, voire de l'amour porté par la mère à son enfant qui ainsi lui échappe, dès lors à cette occasion, et bien que certes à l'issue de cette opération, l'amour va subsister d'une certaine manière mais sublimé. Et nous savons tous que l'amour comporte avec lui cette dimension dûment, je dirais, expérimentée, racontée aussi bien par les romanciers que par les poètes, et pour dire combien sa sublimation, justement, venait constituer un échec à l'accomplissement du désir sexuel. Comme s'il y avait donc entre eux à la fois cette polarité essentielle et en même temps ce divorce irréductible.

Amour et désir chez Freud et Lacan

Charles Melman : Comment une femme se débrouille-t-elle - ou pas ? II

Lorsqu’il est arrivé à Lacan de faire une conférence à Rome, à la suite de laquelle, un grand quotidien Italien… je ne sais plus si c’était La Répubblica, Le Corriere della Sera …a sorti en première page une information sur l’essentiel de cette conférence, Lacan : La femme n’existe pas, ce qui se voulait un titre très ironique et sarcastique. Vous vous rendez-compte ce que ce Français est venu raconter : La femme n’existe pas ! Non mais vraiment !

Il suffit cependant d’être un observateur, pour faire remarquer qu’entre son statut de fille dans sa famille, c’est-à-dire d’élément, je ne dis pas de sujet, d’élément dont la sexualité n’est pas reconnue dans son exercice autonome.

Charles Melman : Comment une femme se débrouille-t-elle - ou pas ? II

Charles Melman : Comment une femme se débrouille-t-elle - ou pas ? I

EPhEP, Grande conférence de l'EPhEP, le 06/02/2020
Je ne crois pas que le temps de la conférence soit le plus approprié pour le sujet que j’ai proposé de traiter, et qui m’a valu quelques remarques postales désagréables que je n’ai pas très bien comprises je dois dire. Parce que se demander, demander comment une femme se débrouille, c’est d’abord rappeler que c’est bien, non seulement le problème des femmes mais aussi bien celui des bonhommes, puisque je crois que nous conviendrons ensemble et unanimement, qu’il n’y a pas de savoir constitué sur la façon d’assumer son sexe, ni même de le pratiquer. Cela étant vérifié et vérifiable, il est inévitable que chacun soit invité à se débrouiller, c’est-à-dire à inventer le savoir qui lui conviendrait le mieux ainsi qu’à son entourage. Mais tout ceci est bien, bien que ça ne paraisse guère noble, une affaire de débrouille.

Charles Melman : Comment une femme se débrouille-t-elle - ou pas ? I

Grande conférence de l'EPhEP : Charles Melman "Le corps sur le divan. Les pathologies minées par l'inconscient" - 3

Comme je l'ai évoqué déjà depuis un certain temps, il m'est arrivé de recevoir un patient inattendu, qui était donc un, je dois dire comme ça, un homme sans qualité, d'une cinquantaine d'années, et dont le symptôme était immédiatement visible, puisqu'il présentait un torticolis qui classiquement est spasmodique, mais qui chez lui était tonique. Un torticolis spectaculaire et extrêmement douloureux, puisqu'il s'avançait avec la tête tournée de côté, de telle sorte que son visage était latéral, et que face à la douleur et pour résister contre cette tension musculaire, il tenait son visage de la main. Il arrivait chez le psychanalyste en dernier recours, dans la mesure où il avait parcouru la liste des spécialistes et que quinze jours auparavant il s’était engagé pour une intervention chirurgicale qui est toujours très délicate et incertaine dans ses résultats. Intervention chirurgicale, qui consiste à aller sectionner un très mince filet nerveux dans la moelle cervicale, ce qui n'est pas inoffensif.

Grande conférence de l'EPhEP : Charles Melman "Le corps sur le divan. Les pathologies minées par l'inconscient" - 3

Grande Conférence EPhEP de Charles Melman : Le corps sur le divan. Les pathologies minées par l'inconscient

Affiche conférence de Charles Melman 2019

 

Voilà bien un problème laissé en suspens : celui des rapports de l’esprit et du corps.

Sans doute parce que c’est la morale, stoïcienne, qui régit voire crée ces instances, les nomme et les sépare irréductiblement, et fait de nous les enfants perplexes de ce divorce. Peut-on cesser d’être un enfant ?

L’esquisse d’une psychologie scientifique de Freud nous servira de départ.

Grande Conférence EPhEP de Charles Melman : Le corps sur le divan. Les pathologies minées par l'inconscient

Charles Melman : Le droit de chacun au traumatisme

Je vais prendre appui sur ce que vous avez apporté au cours de ces journées, et en particulier à partir de ces deux excellentes contributions de Marie-Charlotte et d’Omar, pour vous proposer rapidement quelques formules.
La première consistera à faire remarquer que nous fonctionnons dans un monde fait de semblants. Et que ce qui caractérise le traumatisme, et à mon sens d’une façon que je proposerai comme générale, c’est l’irruption dans ce semblant de cette dimension qui est celle du Réel. Le semblant est évidement une protection contre le réel, puisque c’est d’une certaine manière le réel qui en entretient le mouvement, le mouvement du langage, qui entretient le désir, qui entretient le sens à la condition justement qu’il reste à sa place et ne vienne pas faire irruption dans le champ de la réalité, c’est-à-dire celle du semblant.

Charles Melman : Le droit de chacun au traumatisme

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