Anthologie de Charles Melman

Ch. Melman : Conférence inaugurale 2014-2015 : Comment peut-on enseigner ensemble ?

Quand on se tourne du côté des scientifiques pour avoir une réponse à la question, eh bien là on est embarrassé, parce que d’eux, on attend une réponse scientifique à la question qu’est-ce qu’être scientifique ? Eh bien, eux, ils vont chercher leurs réponses chez les philosophes, et en particulier chez Karl Popper, mais je ne développe pas ce point-là.
En tout cas, je crois que l’on peut convenir que ce que l’on peut transmettre, ce que l’on peut enseigner pour en donner un contrepoint imagé, ce n’est pas la morale que l’on aura hérité de ses pairs, ou bien celle que l’on voudra innover pour ses propres enfants par exemple. On le sait, c’est bien difficile à transmettre, si jamais on le souhaite, mais ce que l’on transmet, ce que l’on peut transmettre, ça n’est que scientifique ; et on peut à ce moment-là se tourner vers notre école pour qu’elle vise à être scientifique. On reconnaît ses démarches, on reconnaît ce qui est scientifique à ce que c’est une écriture formalisée, et qui permet de résoudre l’impossible ouvert par le réel ayant suscité le type de recherche auquel répond cette formalisation écrite. Formalisation écrite, c’est-à-dire que ça ne relève pas d’une parole ce que je suis en train de vous dire, ça peut être scientifique, mais a priori, il faudra d’abord que vous puissiez le vérifier sur un écrit.

Ch. Melman : Conférence inaugurale 2014-2015 : Comment peut-on enseigner ensemble ?

Ch. Melman : Je n'aime pas le même, ni l'autre, ni le différent, alors qu'est ce que j'aime ?

Je me disais que si nous étions aux Etats-Unis, il faudrait que je commence comme ça : «I love you » ! Et comme vous êtes, comme ils le sont là-bas, c’est bien connu, très gentils, vous lèveriez les bras, balanceriez et vous diriez : «We love you, too !», alors je serais rassuré évidemment.
Ceci, pour vous faire remarquer, partons de ceci : on comprend ça aux États-Unis, on comprend que dans une assemblée qui est forcément rendue disparate par son hétérogénéité et qui concerne aussi bien son origine, la langue, la couleur, la religion, le sexe, l'âge, l'éducation, la fortune etc, on conçoit que pour pouvoir les rassembler autour d'un propos, pour que l'orateur puisse provisoirement constituer une sorte de famille car sinon il ne sera pas entendu, ce qu'il dira paraîtra injonctif mais nullement une adresse partagée, il faut créer artificiellement ce partage d'un trait commun qui en cette occurrence que je viens d'évoquer serait celui d'un amour, d'un trait d'amour qui, ne serait-ce que provisoirement, rassemblerait notre communauté et cela avec l'orateur lui-même.

Ch. Melman : Je n'aime pas le même, ni l'autre, ni le différent, alors qu'est ce que j'aime ?

Ch Melman : Artaud

Je commencerai en faisant remarquer le chemin que nous avons parcouru en peu de temps, puisque l’interview de Ferdière date de 1975, puisque nous sommes capables de parler d’Artaud autrement que d’une position qui se spécifie elle-même comme étant celle de la femme de chambre, puisque ce dont Ferdière se plaint c’est que ses invités viennent souiller les draps, qu’il les laisse les draps qui ne soient pas très odorants, et qu’il dénonce entre autres la saleté de la cellule dans laquelle spontanément Artaud conserverait des cochonneries. Ce qui est remarquable c’est que Ferdière, femme de chambre très cultivée comme il le dit, contourne Lacan entièrement, qu’il ne pouvait ignorer ne serait-ce que par sa fréquentation des milieux surréalistes et d'Allendy, et finalement on voit le prix que ça coûte. On ne saurait lui reconnaitre que d’être passé à côté de la question.

Ch Melman : Artaud

Ch. Melman : Intervention à la journée "Comment peut-on encore vivre ensemble ?"

Si vous le voulez bien, et pour reprendre la question qui était soulevée par Madame Cayron concernant le défaut d’une approche naturelle, disait-elle (elle s’est servie de ce terme), d’une approche naturelle de nos problèmes et qui donc obligeait à l’établissement de protocoles de conduites, je vais vous raconter une expérience qui n’est pas très lointaine, d’une invitation qui m’avait été faite à une grande réunion des travailleurs sociaux des Hautes-Seine, consacrée à la question du traitement des personnes âgées. Il y avait là, je ne sais pas, 800 travailleurs sociaux à peu près, le gratin du Conseil Général, un député ou deux, etc. Et quand je suis arrivé, la grande question autour de laquelle ces 800 personnes étaient rassemblées – je dois dire que ça m’a paru absolument magique – était la suivante (voilà un cas précis pour lequel il fallait trouver une réponse commune : une infirmière ou une soignante rentre dans la chambre d’un pépé pour lui porter son plateau, et il est en train de regarder un film porno et de se livrer à des attouchements. Question : Que faire ? (rires). Hein ? Ah ! 800 personnes !

Ch. Melman : Intervention à la journée "Comment peut-on encore vivre ensemble ?"

Ch. Melman : Introduction à la lecture des "Écrits" de Jacques Lacan

Pour nous introduire à cette lecture, la remarque qui nous vient aussitôt à l’esprit, j’en suis sûr, et qui est celle-ci : pourquoi ce titre d’Écrits ? Il y a trois sortes de publications chez Lacan : il y a les séminaires, les Écrits, et puisTélévision. C’est d’une simplicité déroutante et qui risquerait d’apparaître arbitraire, si ce n’est qu’elle nous invite à considérer que chacun de ces textes, de rassemblements de textes, est ordonné par un mode spécifique de rapport à un objet, et que c’est le mode de rapport à cet objet qui s’avère directeur dans la rédaction de ces textes. Donc les séminaires qui légitimement devraient s’appeler Paroles, les Écrits qui sont des écrits, et puis Télévision qui est donc fait pour un regard. La parole dont vous voyez que l’objet spécifique est bien entendu la voix, et les écrits dont l’objet spécifique est quoi ? Quel est l’objet spécifique ?

Ch. Melman : Introduction à la lecture des "Écrits" de Jacques Lacan

Ch. Melman : Commentaire du texte de Lacan « La science et la vérité »

Le texte de Lacan « La science et la vérité » a été publié dans les "Écrits".
Ce texte a été prononcé dans le cadre de l'association « La Convivia » devant un public restreint d'analystes le 13 janvier 2013 à Rome.

Ch. Melman : Commentaire du texte de Lacan « La science et la vérité »

Ch.Melman : Y a-t-il quelqu'un ?

Conférence prononcée par Ch.Melman lors de l'Inauguration de La Convivia le 12 janvier 2013 à Rome.
Qu’est-ce qui fait pouvoir pour chacun d’entre nous ?

Ch.Melman : Y a-t-il quelqu'un ?

Ch.Melman : Le point de vue lacanien en psychanalyse

Charles Melman avait été sollicité par l’Encyclopédie Médico-Chirurgicale pour faire un article sur : « Le point de vue lacanien en psychanalyse ».
Le gabarit en était strictement imposé : « 24 pages dactylographiées, double interligne, 27 lignes de 70 caractères, et comprenant bibliographie, iconographie, résumé et QCM. »
Au texte envoyé en avril 2013, que vous trouverez ci-après, la réponse a été la suivante :

Ch.Melman : Le point de vue lacanien en psychanalyse

Ch.Melman : Pathologie du normal

Conclusion des troisièmes journées du séminaire : TOPOLOGIE ET CLINIQUE - ALI, le 23 juin 2013
...
Malgré la modestie de notre effort, il est certain qu’il y a un enjeu dans cette affaire, et un enjeu qui déborde considérablement et l'importance de notre groupe et l'importance de sa possible intervention, sa possible action. Cet enjeu, il est extrêmement simple : il concerne le fait de savoir si la psychanalyse aura été un épisode dans l'histoire des idées, ou bien si elle sera parvenue à faire acte dans l'évolution de la culture.

Ch.Melman : Pathologie du normal

Amour et désir chez Freud et Lacan

Le complexe d'Œdipe comporte en lui-même ceci : c'est qu'il faudrait renoncer, que l'enfant aurait à renoncer à l'amour le plus pur, celui qu'il porte à la mère, pour pouvoir justement accéder au désir. Que cela en serait la condition. Et nous pouvons aisément vérifier que lorsque ce type de sacrifice n'opère pas, que ce soit du fait de la mère qui le refuse ou du fait de l'enfant qui ne peut y consentir, eh bien on sait du même coup que la mise en œuvre du désir, du désir sexuel, se trouve sérieusement handicapée. Remarquons que, bien sûr, à l'issue du passage par le dit complexe, le renoncement à l'amour porté à la mère, voire de l'amour porté par la mère à son enfant qui ainsi lui échappe, dès lors à cette occasion, et bien que certes à l'issue de cette opération, l'amour va subsister d'une certaine manière mais sublimé. Et nous savons tous que l'amour comporte avec lui cette dimension dûment, je dirais, expérimentée, racontée aussi bien par les romanciers que par les poètes, et pour dire combien sa sublimation, justement, venait constituer un échec à l'accomplissement du désir sexuel. Comme s'il y avait donc entre eux à la fois cette polarité essentielle et en même temps ce divorce irréductible.

Amour et désir chez Freud et Lacan

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