Edito de Charles Melman : Le voile généralisé

On sait donc que le port du voile est destiné à dissimuler ce qui de la féminité pourrait exciter le désir des hommes. On omet de dire pourtant qu'en matière de sexualité, l'interdiction par la promesse qu'elle suscite, est plus excitante que l'exhibition, immédiatement neutralisée. C'est ainsi qu'en Occident la chevelure féminine a depuis longtemps perdu sa valeur d'appât. En revanche, on néglige de remarquer que la campagne « féministe » actuelle contre les violences sexuelles vise par extension - dénonciation par exemple du « wide spread », la position assise jambes écartées - que soit voilé, et ne serait-ce que dans son regard, le sexe de l'homme. Sauf que dans ce cas, le voilement n'est pas prétexte à entretenir le désir mais à l'éradiquer. Le porc à balancer est bien ainsi l'élément cochon dont il est notoire que les hommes l'affectionnent. Reste l'amour, dont on sait aussi que les femmes sont les prêtresses et qui autorise que, d'une position virile enfin aseptisée, hors-cochonnerie, on puisse combler une compagne innocente, et avec un enfant s'il le faut. C'est ainsi que le « féminisme » actuel (il s'est manifesté dès Aristophane avec Lysistrata) marque surtout un point gagné dans la traditionnelle guerre des sexes, à l'occasion aujourd'hui du déclin du patriarcat. Puisque j'évoque Lysistrata, remarquons que les grèves actuelles ne vont pas sans violences, et qu'on discute pour savoir qui en est responsable, comme on devrait peut-être le faire aussi pour la sexualité.

Car la violence est souvent un entre-deux dont chacun se croit légitimé, comme le sexe lui-même après-tout. 

Il est devenu fréquent que n'importe quel texte, serait-il clinique, puisse susciter des réactions violentes. Elles sont l'illustration de cette éclipse dans l'entre-deux de l'intermédiaire qui était offre de jouissance et dont le défaut ouvre toute la relation à l'agressivité qui seule subsiste.