Édito de Charles Melman : Coliving

La bonne nouvelle vient de Stockolm : la difficulté du vivre ensemble est enfin résolue.

Grâce à un plateau d’immeuble judicieusement divisé pour une cinquantaine de locataires en chambres individuelles avec salle de bains, et le reste en espace commun dont la cuisine et le living bien entendu.

Certains bien sûr évoqueront le précédent soviétique mais ici il ne s’agit pas de pénurie ni de surveillance réciproque. D’autres le kibboutz quoiqu’il faille un fort amour de la nation pour en supporter l’inconfort. Mais là c’est plutôt de confort qu’il s’agit bien qu’on se demande lequel.

C’est en effet la première fois qu’à la domus universelle, placée sous le signe de l’identification de ses occupants au dominus, serait-il familial, est substitué un rassemblement dont la diversité, complètement aléatoire, a pour seul trait commun d’occuper un même lieu, lui-même muet, c’est-à-dire ne délivrant précisément aucun trait identificatoire. Il n’est pas sûr que l’usage des mêmes casseroles et de l’unique télé suffira.

Progrès mental ou régression psychotique ? La question peut être posée lorsque la figure de l’altérité se défait au profit de celle de l’étranger. Car chacun des locataires sera venu avec son histoire propre, dont le bruit et la fureur ne sont pas résolus, et la neutralité de l’espace ne peut suffire à assurer la paix.

Mais pour ceux qui vont partir se presser sur les plages ou communier dans les campings, le coliving suédois n’est peut-être après tout qu’une façon de poursuivre les vacances.

Charles Melman, 18 juillet 2019