Anthologie de Charles Melman

Charles Melman : L'enfance ratée des enfants d'immigrés

La culture c'est l'ensemble des interdits qui permettent à un certain nombre d'intéressés, par eux, de se rassembler. C’est ce qui fait qu’on se rassemble, que l’on a donc en partage, c’est ce que l’on partage, non pas les mêmes biens mais le Bien suprême, c’est-à-dire les interdits. C’est ça la culture. Et dès lors chacun va porter sur soi la marque de ce bord, de ce qui fait bord, et c’est comme ça que l’on s’identifie, qu’on se reconnaît. Et qui du même coup puisque nous sommes quand même légèrement paradoxaux, que l’on doit attribuer – car nous sommes également anthropomorphes – à celui qui serait responsable de ces interdits de se tenir comme une instance idéale et que l’on va aimer. Nous sommes comme ça. Moi je n’y peux rien, je n’ai rien décidé là-dessus, je n’ai même pas pris d’options. C’est comme ça. On aime, on veut faire exister celui à qui on attribue la paternité, je me sers évidemment de cette métaphore à bon escient, la paternité des interdits qui nous rassemblent.

Charles Melman : L'enfance ratée des enfants d'immigrés

Charles Melman : Tu seras un homme ?

… Oui, « Tu seras un homme ? » Je n’en suis pas sûr… mais on ne sait jamais !
Pour en tout cas essayer de remercier Jean Birnbaum pour le plaisir et l’intérêt que nous procure sa communication, et qui nous donne un panorama si juste sur le débat intellectuel dans notre pays et nous éclaire sur ce qu’il en est de sa propre position à cet égard, je lui demanderai de me permettre une excursion, un exil.
Oui, pour décrocher un peu de cette lecture très positivée que nous avons des évènements, en oubliant que ces évènements ne sont jamais que la traduction, que l’expression de textes, et que le problème du rapport au texte c’est, certes ce qu’il peut dire mais aussi la façon dont on le lit, puisqu’on peut très bien en faire effectivement des principes de commandements, mais à tel endroit, très précis, on peut estimer que c’est purement allégorique, métaphorique. Et l’on en revient alors à ce qui est un rapport légitime et ordinaire de ce qui nous lie à tout texte, en nous rappelant comment un texte est fabriqué, c’est-à-dire que c’est fait justement de métaphores, de métonymies, que ce n’est jamais qu’une façon d’écrire, qu’une façon de parler, et que donc notre responsabilité vis à vis de ce texte sera sûrement la façon dont nous allons vouloir le lire, autrement dit le bénéfice que nous pouvons en retirer, le type de plaisir que nous pouvons y prendre. Et à cet égard, je me permettrai tout de suite de dire que par exemple, dans les modes de lecture islamiques, il en est un (un mode de lecture) qui est le mode de lecture nommément soufi, et avec lequel je dois dire, je me trouve sûrement en plein accord dans le déchiffrement d’un texte qui est cependant le même, offert donc à des interprétations fort diverses, posant dès lors la question : mais quels sont les intérêts, bien entendu qui sont toujours présents – c’est bien légitime – et qui commandent plutôt telle lecture que telle autre.

Charles Melman : Tu seras un homme ?

Charles Melman : L'amour est un mur

Alors puisque c’est la dernière séance de ce cartel pour l’année, je vais donc tout vous dire sur l’amour, parce que je trouve que c’est bien nécessaire, et donc je vais tâcher de me rendre utile… hein, pour une fois !
J’ai l’air de plaisanter, alors que c’est un sujet avec lequel, vous remarquerez, on ne plaisante pas. L’amour ça n’incite pas à l’humour, c’est très sérieux ! Ça incite éventuellement aux lamentations comme le mur que j’évoque dans mon titre, mais en tout cas pas à la plaisanterie. Et je crois que lorsque des sociologues plus tard, un peu plus tard, parleront de nous, ils diront qu’à une époque qui pour nous était résolument rude, scientiste, éminemment sécularisée, dans ce contexte donc où triomphait la technologie, néanmoins nous avions la célébration curieuse d’un dieu susceptible de posséder, souvent à sa surprise, tel ou tel, et dans un contentement et consensus général, le mener en dépit de ce qu’il pouvait croire, ou penser, ou vouloir, et le mener dans l’attrait pour une personne à des extrémités qui pouvaient aller jusqu’au meurtre – c’est ce qu’on appelle un crime passionnel –, et cela dans une espèce d’indulgence singulière, voire de complicité. Et donc, je crois que les sociologues souligneraient cette curieuse façon que nous avions… Vous voyez, je parle déjà comme si j’étais passé de l’autre côté ! …de cette curieuse façon que nous avons, non pas de célébrer ce dieu, mais d’aimer être possédé par lui.

Charles Melman : L'amour est un mur

Charles Melman : Ça m'est égal

J’ai été évidemment admiratif, à la fois de l’exposé d’Évelyne Bruant extrêmement précis dans son élaboration théorique, et puis ensuite du vôtre, Madame, puisque vous avez là où j’espérai […] – et ce qu’il dit justement sur les rapports entre homme et femme et qui sont toujours fort intéressants –, vous avez choisi un auteur très moderne, puisque justement, il traite du rapport au semblable en éliminant cette différence, dont on peut quand même estimer qu’elle n’est pas quelconque et qui est donc la différence sexuelle.
Je n’entrerai pas dans les anecdotes, puisqu’il m’est arrivé d’avoir l’occasion de connaitre un peu ce qu’il en était de la vie familiale d’Emmanuel Levinas, et il est bien évident qu’il était comme la plupart, c’est-à-dire concerné bien sûr par les rapports qu’on peut avoir avec une femme et la mère de ses enfants, tout ça est bien normal, sauf qu’on s’étonnera que dès lors, cette relation qui ne peut pas être quelconque, soit radicalement absente de son élaboration théorique.

Charles Melman : Ça m'est égal

Charles Melman : Présentation de malade

L’art de la présentation de malade est parfaitement illustré par « La leçon d’anatomie » de Rembrandt. D’honorables bourgeois y sont rassemblés pour voir, grâce au talent du maître chirurgien, les dispositions de l’intérieur du corps. Il faut apprendre, dira Lacan, à faire passer le scalpel par les bonnes jointures, l’instrument qui découpe étant en psychiatrie le concept.

Charles Melman : Présentation de malade

Quelle est la nature du dieu à l'œuvre dans les passions ?

Mesdames et Messieurs, permettez-moi d'abord de remercier l'Association Guillaume Budé et les organisateurs de ce colloque, en particulier M. le Professeur Jean-Louis Ferrary et Mme la Professeure Sylvie Franchet d'Espèrey, d'avoir eu l'audace d'inviter un psychanalyste pour ouvrir vos débats. Nous saurons rapidement si leur audace aura été satisfaite et récompensée ou pas.
Pour ce qui me concerne, j'ai accepté sans hésiter un instant votre invitation, dans la mesure où l'Association Guillaume Budé était connue par ses publications du lycéen hellénisant que je fus dans cette ville-même. C'était dans les années 1942, 1943, 1944, cela se passait dans l'annexe du lycée Ampère, avenue de Saxe. Monsieur Boudot était notre professeur, c'est là donc que j'avais pu apprécier les publications de l'Association, celles-ci m'apparaissant comme le refuge des esprits lettrés et de l'humanité. Il est bien évident que c'était une époque remarquable par le déferlement des passions, des grandes passions collectives, dont il était clair, sans avoir besoin d'être savant, que ce qui les dominait, ce qui les agençait, c'était le mensonge. La question dès lors restant ouverte - et je suppose qu'elle anime, explicitement ou secrètement, vos débats - de ce qui serait à même de répondre à ce qui reste cette étrange passion de la vérité susceptible de nous animer. La question reste donc de savoir s'il y aurait quelque objet, quelque corps, apte à être généralement reconnu comme venant répondre à notre passion de la vérité et, du même coup, à la pacifier.

Quelle est la nature du dieu à l'œuvre dans les passions ?

Proxipathie

La proxipathie 

Il s'agit d'attirer l'attention sur une pathologie des plus courantes, familière, au point d'être méconnue. Elle concerne la relation au voisin, qu'il soit de palier, du jardin, de table, de métro etc. voire de lit.

Ce proche sera en effet souvent mal toléré, du fait d'être un semblable par la proximité topographique et en même temps différent du fait de ses particularités.

Proxipathie

L'affreux Mot-maux

Des mots nouveaux apparaissent dans les media pour désigner des maux jusqu’ici tapis, en attente. 

Comme chez Artaud (L’affreux  M.M.), des souffrances neuves ainsi s’épanouissent.

Comment ne pas commencer à visiter ce jardin ?

    Proxipathie
    Voile

L'affreux Mot-maux

Charles Melman : Différence entre la clinique freudienne et la clinique lacanienne - 1

Puisque, on va commencer par ceci, c’est que, de façon très générale, évidemment, ce qui ne va pas dans notre espèce, c’est le déficit qu’elle rencontre dans la jouissance. Personne de ce côté-là qui puisse être satisfait. Jusque-là, je crois que l’on est à peu près d’accord. Mais, ce qu’il y a de beaucoup plus drôle, et sans doute, de plus riche d’effets, c’est de vérifier que cette insatisfaction est un passage, un état nécessaire pour rendre accès à la jouissance sexuelle possible. Voilà bien l’obstacle auquel nous avons affaire : d’un côté, donc, cette insatisfaction pérenne, puisqu’elle est signalée depuis que nous avons des résidus littéraires, on ne parle que de ça, c’est-à-dire que ça va pas, que ce soit entre hommes, entre hommes et femmes, que ce soit dans le rapport à la nature, que ce soit dans le rapport à l’éducation, aux enfants, ça ne marche pas. ça dure.

Charles Melman : Différence entre la clinique freudienne et la clinique lacanienne - 1

Charles Melman : Les demoiselles de Freud avant la guerre

Les demoiselles que Freud rencontra au début de sa carrière souffraient apparemment d'un traumatisme : le viol dont elles auraient été l'objet de la part d'un proche parent, l'oncle allégua Freud pour ne pas dire qu'il était question du père, les médecins et l'opinion publique n'étant pas disposés à admettre ces affabulations.
En réalité il ne mit pas longtemps à ne pas y croire lui-même et renonça à la théorie de l'origine traumatique des hystéries observées.
Mais alors quoi ? Qui est le coupable ?

Charles Melman : Les demoiselles de Freud avant la guerre

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