Au cours de ces flâneries de Charles Melman avec Jean Luc Cacciali, je me suis interrogée autour de remarques insistantes qui traversent ces entretiens et qui portent sur ces faits cliniques de sacrifices réels et sur la nécessité structurelle d’un Un dans le grand Autre…
Je m’appuie là sur le nœud borroméen et je vais insister sur l’inscription dans la langue à partir de cet espace du Réel et de la question de l’impossible.
À plusieurs reprises il sera évoqué ce fait d’un enfant sacrifié comme don réel redevable au grand Autre.
Qu’est-ce que ce grand Autre qui à défaut d’être reconnu par une dette va réclamer un dû réel ?
Comment s’entendre sur ce grand Autre ?
Comment ce grand Autre manquant se met-il en place ?
Comment un sujet va-t-il pouvoir ou vouloir s’y accrocher ?
Pourquoi le monothéisme serait-il un progrès par rapport au polythéisme ?
J’ai travaillé sur le chapitre « Noms du père » parce que je ne me souvenais plus de ce qu’il en était de ce passage par Lacan du Nom du Père au singulier vers les Noms du Père au pluriel. C’est à ce moment-là que le film Vingt dieux est sorti, d’où mon titre !
Le film Vingt dieux, premier film réalisé par une jeune femme, Louise Courvoisier, est une fable traitant d’une transmission hors tradition paternelle.
Orphelin, un jeune homme traverse une épopée pour s’approprier le savoir-faire pour la fabrication du comté. Le parcours initiatique de cet adolescent passera par une rencontre amoureuse et sexuelle et par des transgressions réelles, vols et effractions, pour obtenir ce savoir-faire convoité. Il va se heurter au réel de cette fabrication d’Appellation d’Origine Contrôlée qui évidemment ne va pas de soi, ce que ce jeune homme, pris par l’imaginaire, ignorait ! C’est par deux rencontres, une amoureuse et une autre, professionnelle qu’il commencera le tissage de sa vie et sortira de l’adolescence.
Le terme « vingt dieux » m’a étonné, il reste une interjection, un juron voire une insulte dans toutes les campagnes françaises. Cette aire géographique traditionnelle a gardé par cette expression la transgression d’un fait sacré celui du Un dans l’Autre.
Melman ne cède pas sur le fait que le déclin du Nom du père est une régression par rapport au polythéisme ambiant.
Qu’est-ce à dire autour de ce Un…
C’est par le père mort, l’ancêtre, que l’instance de ce lieu réel préexiste à la parole. La fonction paternelle va permettre à l’enfant de pouvoir entrer dans le monde de la représentation et de s’inscrire dans une filiation. Cette inscription fera de l’enfant un être mortel – c’est tout le drame d’être des êtres de langage, d’être mortels –, puisque la filiation rime avec la succession des générations passées et à venir. C’est le fait de rentrer dans le Temps.
Si le premier traumatisme de l’enfant est l’entrée dans la parole, la fonction paternelle va contraindre le parlêtre à être assigné à une place avec une identité fixe assurée.
Je cite Charles Melman : « Le rôle du père est de sexualiser un déficit qui est l’effet du langage, c’est à dire l’inaccessibilité à l’objet, et de faire du désir sexuel la norme de tous les désirs ».
Le père soumis lui aussi à cette instance phallique dans l’Autre aura comme devoir de permettre à l’enfant de pouvoir à son tour s’accrocher à cette instance pour prendre sa place dans ses deux filiations et d’y être assigné comme sujet sexué, côté garçon ou côté fille.
C’est donc par l’opération de la castration que ce passage se fera. C’est le point central. Qu’est-ce que la castration ? On en parle beaucoup mais… À un moment Melman dira, à partir du trait unaire, « S’il n’y a pas de castration, surtout côté garçon, alors point de division ». C’est quand même quelque chose pour l’altérité à venir…
C’est donc par une perte passant par le corps que ce passage sera possible. Opération réelle sur la fonction symbolique. R/S.
L’inaccessibilité d’un rapport direct à l’objet de satisfaction et l’acceptation de jouissances tempérées et différées – c’est ce qu’on appelle classiquement la phase de latence – sont le prix à payer pour pouvoir habiter ce lieu du langage, ce lieu de la métaphore.
Pour s’inscrire dans la métaphore, il y faut trois termes. Ces trois termes nous les retrouvons dans R/S/I. C’est une indication par rapport aux noms du père au pluriel.
Melman nous dit que la tradition religieuse sacralise cette part de perte. La circoncision comme marque réelle et symbolique de cette perte nécessaire ou la communion chrétienne du rite de l’hostie. L’étymologie de ce terme est intéressante, elle nous fait entendre la symbolisation de cette perte. Hostia : « victime offerte en expiation » par opposition à une « victime offerte en remerciement ».
- « Ceci est mon corps… », dans la tradition chrétienne où Jésus a pris sur lui ce sacrifice.
- Ou chez les Incas, qui subjectivement vivaient dans la crainte, l’angoisse que le soleil ne se lève pas, que le temps cyclique s’arrête : ils étaient donc soumis à la nécessité d’offrir à ce grand Autre, un être réel, des enfants, pour le remercier, le nourrir et qu’il continue d’ordonner ces cycles… J’ai trouvé intéressant ce fait linguistique au sujet du nom Quéchua de « l’autel sacrificiel », qui se traduit à la lettre par : « Attache à Soleil ». C’est un symbole phallique réel que cet « Attache à soleil ». Les Incas se pensaient les fils du dieu-soleil, enfants de Dieu, dont certains étaient offerts en remerciement.
Melman nous dit que le monothéisme est une reconnaissance du fait que la pratique de la parole isole un Réel Un et non pas une pluralité de réel. Pluralité de réel qui permet à chacun de parler de n’importe quelle place.
C’est un peu ce qui se passe aujourd’hui.
Cette pluralité de réel est mise en œuvre chez le psychotique.
Est-ce que le déclin du Nom du Père, son effacement, sa récusation, son inefficience, est un pousse à des sacrifices réels, à des passages à l’acte ? Sacrifices pour faire advenir ce Réel manquant nécessaire pour une parole passant par L’Autre ?
Alors qu’en est-il de ce réel Un avec l’écriture des Noms du Père ?
Par ce changement d’écriture topologique, Lacan déplace cette instance phallique dans le nœud borroméen à trois.
Melman précise que le nom du père pousse à la fétichisation de l’instance phallique dans l’Autre. Fétichisation qui passe par ce 4ème Rond, celui du symptôme pour maintenir ensemble le réel, le symbolique et l’imaginaire.
Dans cette nouvelle écriture l’instance phallique est latérale, elle permet le nouage du réel et du symbolique.
Les noms du père sont donc, dans cette écriture, sous le coup des trois dimensions : père réel, père imaginaire et père symbolique.
Les noms du père permettent le nouage du réel, du symbolique et de l’imaginaire à partir d’un trou réel où se loge l’objet a. Cet objet sacrifié, manquant, à partir duquel la cavalcade des signifiants inscrira le désir de chacun.
Le progrès de cette écriture est de pouvoir se décaler du fétiche pris dans l’Autre.
Jean Luc Cacciali fera remarquer que cette nouvelle écriture en mettant au centre l’objet petit a peut être un pousse à des perversions objectales.
On parlait de la fétichisation de l’instance phallique, on est aujourd’hui pris par les perversions objectales.
Si la castration ne peut avoir lieu, ce sont les objets de satisfaction immédiate qui prennent les commandes. Ces objets positivés seront pris dans les éprouvés de la frustration et dans une temporalité scandée par l’absence et la présence de ses objets de satisfaction.
Le dispositif capitaliste et les technologies sont de véritable pousse-à des perversions généralisées avec les possibilités de jouissances immédiates prises dans un monde sans limite. Le tout tout-de-suite ouvre à cette nouvelle modernité d’addiction généralisée et d’un rapport au monde métonymique.
Melman parlera de cette question de la métonymie du préœdipien.
Dans cette économie, des corps asexués resteront asservis aux besoins organiques pour favoriser des jouissances mentales prises par exemple dans un monde virtuel. La jouissance Autre pourrait là s’entendre comme une jouissance poussant à la limite organique du corps.
Ce n’est plus, dans cette nouvelle économie psychique, un nouage à partir du sacrifice, d’une perte ou d’un manque d’objet sur un versant symbolique mais une prolifération d’objets réels qui ligotent le sujet par des jouissances directes.
Les mises à l’écart de cette instance phallique qui soutient le manque d’objet vont de pair avec les pannes de désir, les décrochages scolaires à l’adolescence, les hyperactifs en tout genre et les phénomènes d’errance identitaire…
Melman avance ce fait tragique qu’il n’y a plus de grand Autre – c’est choquant, ça fait peur -, plus de discours pour ordonner les places et les circulations de la parole. C’est absolument affreux…
Nous pouvons peut-être avancer qu’à la place de ce Un dans l’Autre les liens sociaux, amicaux ou amoureux, dans cette nouvelle économie, restent inféodés au Un unifiant, ce Un totalitaire, moïque et narcissique.
Les jeux de rôle viennent comme béquille face à l’impossibilité à pouvoir soutenir un semblant d’être ou d’avoir. Les réseaux sociaux révèlent la violence de ces rapports pulsionnels où ce sont des semblables qui sont à sacrifier.
Dans ce dispositif chacun peut s’auto-nommer et vaquer à partir de jouissances narcissiques où l’autre sera utilisé, instrumentalisé et réduit à être consommé.
Je voudrais terminer autour d’un paradoxe pour soutenir un peu d’optimisme dans ce social ravagé…
La psychanalyse a mauvaise presse pour diverses raisons. Elle nécessite du temps dans un monde où les économies budgétaires favorisent les solutions rapides comme les psychotropes ou les thérapies comportementales rapides.
Mauvaise presse aussi par ce que la psychanalyse défendrait mordicus le patriarcat et ses valeurs réactionnaires. Nous avons évoqué ce déplacement…
Ces dénonciations sociales s’accompagnent cependant d’un nombre très conséquent de personnes s’engageant dans cet art de la parole.
Cet art repose sur un récit singulier. Lacan dira RSI, un RéSIt par lequel les noms du père peuvent permettre à un parlêtre en divisant sa parole pour l’adresser à un Autre de pouvoir accéder à son désir et à des liens aux autres pris dans l’Altérité.
Cet art ou cet artisanat de la parole ouvre à des inventions à partir des limites, des contraintes et de la reconnaissance de nos dettes symboliques. Dettes à payer d’être au monde qui passent par la possibilité de pouvoir donner sa parole et de pouvoir recevoir la parole passant par l’Autre.
Jean Luc Cacciali - Merci beaucoup Gisèle, il y a là encore beaucoup de points. Je vais essayer d’en prendre seulement quelques-uns.
Le fond de l’exposé de Gisèle est fondamental, c’est-à-dire de ce qui est possible aujourd’hui. On déchiffre le monde, les orages sont annoncés, si ce n’est promis, dans le monde d’aujourd’hui.
Si on s’efforce de déchiffrer le monde, c’est ce que j’ai proposé à Charles Melman, de nous aider à déchiffrer ces phénomènes étranges qui fracturent notre culture. Il insiste beaucoup sur le terme de culture. Ce sont des mutations culturelles, dans la culture, qui la fracturent et égarent l’homme moderne.
Pour autant, bien évidemment, que le psychanalyste doit répondre. Il ne va pas se contenter de déchiffrer.
Melman à un moment du bouquin dira : « Il y a un moment – avec un patient – où on sent que l’on a le devoir de répondre… ». Les constats comme « ils n’ont plus de demande » ; « ils ne demandent plus d’analyse »… Là l’analyste a le devoir de répondre à celui qui vient le voir, à ce moment-là.
Donc le point fondamental c’est qu’il répond à partir de ce que nous permet notre rapport au langage.
Pour en revenir autour de ce point important de la castration que Gisèle a évoqué : il y a une loi du langage, « le signifiant renvoie à un autre signifiant et pas à un objet ». Donc il y a un manque, il y a une coupure. C’est celle que l’analyste va essayer de réactualiser dans la cure. Fin de séances, interprétations avec la fonction de la coupure.
Donc, la castration qui est symbolique, je dis à Melman, « elle n’opère plus aujourd’hui, il n’y a plus de symbolique » ; il me répond « pas du tout, elle opère encore d’avantage mais de façon réelle », dans la Réalité.
Elle opère bien évidemment, et le problème c’est que du coup cette castration expose non plus au manque mais à la privation. Et là, ça peut être très très douloureux.
Le manque, privilège symbolique… Vous savez que de toute façon il n’y a pas de véritable objet, que ça sera toujours un substitut, donc ce qui nous manque c’est quand même…, ce n’est pas fondamental pour vivre.
Dans la privation, dans l’addiction, la privation est réelle et, là, elle peut être très douloureuse. J’en dirai peut-être deux ou trois mots à la fin de la Journée.
Gisèle donc nous amène le nœud borroméen. Elle s’est intéressée très tôt à cette question. Gisèle a été une des premières à entendre Melman parce que Melman a amené ce truc, très très curieux. Les toxicomanes quand ils débarquent chez vous, c’est très compliqué de s’occuper d’un toxicomane. À l’époque c’était l’héroïne, le sida, la toxicomanie. Les psychiatres, les psychanalystes, quand un toxicomane les appelait, ils ne faisaient pas d’effort pour les garder et Melman amène ce truc : la nouvelle économie psychique c’est celle de la toxicomanie. C’est-à-dire le rapport à l’objet dans la Réalité pour la toxicomanie. Et la Nouvelle Économie Psychique c’est la même économie.
Gisèle a fait un bouquin, bien avant celui-ci, il y a très longtemps. Je ne me souviens plus du titre…
Gisèle Bastrenta - J’aurais souhaité comme titre : H. ment-bon !, mais c’était pour l’Education Nationale, il n’est pas passé [rire…].
J.-L. Cacciali - Donc elle a suivi Melman, parce qu’elle, elle a tout de suite entendu l’importance de cette thèse.
Je peux vous dire qu’à l’époque, ça a été totalement nouveau, la nouvelle économie psychique, celle qui est dans la vie d’aujourd’hui : c’est l’économie psychique des toxicomanes. Il faut mesurer ce fait, et Gisèle a tout de suite entendu que c’était très important.
Alors, ça va être la question de Melman qu’elle a évoquée. Melman va dire : Lacan amène ce qu’on appelle le nœud à trois R/S/I, et il fait un séminaire. Et puis l’année d’après, « le sinthôme », où il écrit : ce n’est pas le symptôme, c’est le sinthôme. Là le nœud à 4, il faut une 4ème boucle pour faire tenir les trois R/S/I.
C’est central dans l’économie psychique.
Quelqu’un, comme Marc Darmon qui est très important au niveau de la topologie et dans notre association restera sur le nœud à 4.

Le nœud à trois ne permet pas au sujet de tenir. Je vais un peu vite et Melman, lui, va poser jusqu’à la fin la question.
Et là encore Gisèle l’entend tout de suite, c’est-à-dire « Est-ce qu’un sujet peut tenir avec 3 ronds ? ».
Le nœud à 4, Melman va dire dans le bouquin : « Le 4ème rond, c’est le fétiche phallique qui traverse les 3 autres ».
Si Lacan a cette idée géniale, il anticipe la modernité : il met l’objet au centre. Vous mesurez !, ou c’est le phallus qui est au centre ou il n’y a plus rien. Y’a plus de patriarcat donc il n’y a plus rien au centre… Lacan dit : « Si, si, y’a un truc au centre, il y a un objet.
« Le nouveau Maître c’est l’objet ».
Un nœud à trois, Melman nous a laissé sur cette question que nous avons à poursuivre…
Tout le monde n’est pas d’accord et chez les analystes et dans notre association, c’est une vraie question. Gisèle, là-dessus, essaye de faire que peut-être un sujet peut tenir à 3. D’où la fin de son exposé et du fait du rapport au langage.
Si j’ai bien entendu c’est ce que tu nous proposes ?
Gisèle Bastrenta - Oui, merci. Je me souviens de ce que Melman avait dit une fois sur la question du nœud à 4 et du nœud à 3, que ce dernier demandait toujours un travail par rapport au désir. Il y a une fragilité dans le nœud à trois, il y a des chutes possibles, des effondrements, des burn-out… Et que le nœud à 4 est plus solide…
J.L. Cacciali - Évidemment. Il est plus stable par ce qu’il est traversé par une référence, le phallus.
Les 3 ronds R/S/I y sont traversés par une référence, donc le père, qui tient de la fétichisation du phallus.
Si l’on veut faire tenir un père dans l’Autre qui ne soit pas représenté par le fétiche phallique, se pose forcément la question du nœud à 3.
G. Bastrenta - Il me semble que dans notre travail, on reçoit des patients pris dans le Un moïque, et que par la répétition des tours de la parole, c’est de faire passer le Un de la parole de chacun « le signifiant est un sujet pour un autre signifiant ». Nous pourrions dire topologiquement, de faire passer cette dimension devant. Ces patients se présentent à partir du nœud I/R/S, nœud phobique, et les tours de la parole peuvent faire advenir la dimension symbolique devant : R/S/I.
J.L. Cacciali - Il y a cette formule de Lacan : pas de « Un sans l’Autre », ce n’est pas le Un de la totalité. Pour autant il y a le Un du signifiant, l’unité. Elle nous vient du langage, il y a le Un du signifiant. Mais le fondement du Un c’est le zéro. Le fondement du signifiant, c’est le zéro, c’est le rien. Donc bien sûr c’est le Un mais pas sans l’Autre, pas le Un totalisant.
J’aurais d’autres choses à dire sur le sacrifice, à l’occasion…
G. Bastrenta - Merci, merci.
J.-L. Cacciali - Une question ? à brûle-pourpoint…
Isabelle Micoud - Si on est tous des êtres parlants, est-ce que ça voudrait dire qu’il n’y a plus de sacrifice nécessaire ?
G. Bastrenta - C’est la question de la castration qui est posée là.
Je peux simplement te dire quelque chose au sujet de ce défaut de castration. Nous avons aujourd’hui cette possibilité que la parole ne s’inscrive pas dans le corps. C‘est cette question du nouage du corps et la parole.
Par exemple ces jeunes, il y en a beaucoup qui se vivent avec un corps asexué, mis de côté et qui peuvent sublimer, avoir des activités sublimatoires très très poussées, dans l’anorexie notamment mais pas seulement. Ou ces jeunes qui restent accrochés dans le virtuel.
Il y a quelque chose de la parole qui doit s’accrocher au corps.
J.L. Cacciali - tout à fait.
G. Bastrenta - Pour que le corps puisse entrer dans la métaphorisation et qu’il ne reste pas à côté, clivé, il y faut la dimension du réel. Nous recevons des jeunes qui sont hors-temps et qui vont commencer à atterrir par une « rencontre » avec un réel. C’est ça qui est terrible, par un « accident »… Ce n’est pas le sacrifice des Incas, parce que ce n’est pas pris socialement. Par exemple un accident ou une séparation amoureuse qui aura une fonction d’opération de perte réelle. C’est de ce côté-là que j’entends le sacrifice, opération réelle.
Comment le corps est accroché à la fonction symbolique ?, c’est cette dimension qui m’intéresse, sur l’accrochage, les décrocheurs, accrocheurs. Ils restent dans une économie préœdipienne, métonymique, alors que l’on attend d’eux qu’ils puissent s’engager dans un temps linéaire, mortel.
J.-L. Cacciali - Je vais juste ajouter un point parce qu’il va en être question.
Lacan habituellement : jouissance versus désir. Il ne faut pas être dans la jouissance mais dans le désir, ce qui est évidemment juste. Lacan à un moment de son parcours dit : « Le champ lacanien c’est le champ de la jouissance ». Il ne dit pas « c’est le champ du désir » ! Il nous dit : moi je n’ai pas le temps, je ne développerai pas ça ; donc il nous laisse cette question : le champ lacanien c’est le champ de la jouissance.
Par rapport à ta remarque. L’être c’est le manque-à-être, il y a un manque dans l’être, c’est une question très importante, depuis les Grecs.
Melman signale : peut-être qu’aujourd’hui nous n’avons pas encore répondu correctement à la notion d’être. C’est le manque-à-être.
Et puis après, remarque importante par rapport à la question que se pose Gisèle, il va dire : « L’être prend ses racines dans la jouissance » ; pour moi, à ce moment-là, Lacan ajoute : « à l’être manquant, l’être de jouissance », c’est-à-dire du corps. La jouissance est une propriété du corps. On sait qu’un corps est vivant quand il y a la question de la jouissance. C’est une question très très importante : comment ça se noue au corps ?