Charles Melman : La bourse ou la vie

Dans une société dominée par la Bourse, l’affirmation présidentielle selon laquelle face à l’épidémie il convenait “coûte que coûte” de privilégier la vie ne pouvait que satisfaire les humanistes. Mais il faut, si l’on se fie à la réaction publique, croire qu’ils sont devenus rares. C’est ainsi qu’on se précipite pour savoir si le coût de ce choix est bien régulièrement réparti, ce qui après tout est normal, mais aussi pour évaluer le coût imposé à la communauté de chaque vie dès lors épargnée. Puisqu’il s’agit surtout de vies usées, grevées par la maladie souvent et dont le virus ne fait qu’accélérer le cours fatal.

En bref, est-ce qu’un petit vieux déjà bien mûr, obèse, diabétique ou handicapé de surcroît, vaut les millions dépensés pour des prolongations dont la vanité va croissante ?

Ne nous plaignons pas. C’est vrai, après tout, que les lois de l’échange sont inséparables de celles du maintien de la vie, et qu’il peut paraître abusif  de vouloir privilégier les unes contre les autres.

Mais une question reste ouverte : quel est le prix moral payé par une société où le droit à l’existence ne serait validé que par sa rentabilité ?

C’est sûrement celui payé par une Amérique qui s’estime plombée par l’Obamacare et on peut estimer qu’il est bien plus lourd que les milliards de son chiffrage.

Charles Melman

Le 27/11/2020