Édito de Charles Melman : Un radis dans la tête

C'était autrefois au nom de la morale, celle de la religion notamment, que les découvertes de la science et leurs auteurs se trouvaient bannis. C'est aujourd'hui au nom de la science, de ce qu'elle autorise, que les tenants de la morale, religieuse ou pas, se trouvent dénoncés et chassés de la communauté.

Quoique renversé le processus est le même, archaïque en diable au siècle dit du progrès. Ce qui montre que l'intelligence artificielle n'est pas aussi redoutable qu'on le décrit puisque elle ne change rien aux fondamentaux de l'imbécilité.

Il s'est trouvé aussi des magazines pour publier une tribune remarquable exigeant la suppression de l'enseignement de la psychanalyse des Universités. Alors qu'on pouvait croire bêtement que leur tâche était de faire connaître aux étudiants les divers grands courants de pensée. Une cohorte de pèlerins s'avance ainsi, portant devant eux à bout de bras leur diplôme comme on portait autrefois l'Evangile, pour, accablant d'anathèmes et d'injures la psychanalyse, exiger « au nom de la science » que ses livres soient brûlés.

Je propose qu'on les secoure et envoie à chacun un radis, symbole de celui qu'ils ont dans la tête et qui fait une symphonie de grelots lorsqu'ils s'avancent, rappelant que leur radicalité – brûler des livres impies – n'est que le faible écho d'une autre qui, du fanatisme religieux à la passion nationaliste qui lui répond, entend restaurer la terreur.