Journée ALI - EPhEP "Papa où t'es ?"

 

Affiche de lajurnée ALI - EPHEP : Papa où t'es ? Le fonctionnement familial et social n’a pas toujours été centré par une référence à une figure paternelle, mais celle-ci est aujourd’hui ouvertement récusée..Ne pouvons-nous pas en constater les effets cliniques, tant au niveau collectif : dégradation du lien social, disqualification des savoirs, faillite de l’autorité au sein de la famille et de l’école, qu’au niveau individuel ? Dans l’Autre, y a-t-il encore investissement d’un sujet supposé savoir ? Question qui concerne particulièrement l’analyste. Quels enseignements recueille-t-il de sa pratique ? Qu’est-ce qu’un fils, qu’est-ce qu’une fille peuvent attendre de leur père, quand il est là ?Et demain ? Quelle famille ? Quelle société ? La dévolution de l’autorité à la femme sera-t-elle notre issue de secours ?

 



Journée ALI - EPhEP "Papa où t'es?"

Reims le 16 novembre 2019


Matinée

 

 Conférence de Josiane Quilichini : introduction

Josianne Quilichini

 

Conférence de Eric_Wargny : y-a-t-il encore des fils à papas?

Wargny

 

Conférence de Jean-Pierre Lebrun : Qu'en est-il du père réel?

Lebrun

 

Après-midi


Conférence de Marie-Christine Laznik : L'acte analytique, un enfant de deux ans quand la fonction paternelle est défaillante

MC.Laznik


Bernard Vandermersch : Conclusion ouverte

Vandermersch

 

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Transcription de la conférence de Marie-Charlotte CADEAU : UNE PORTE ETROITE  


Freud dans Malaise dans la civilisation écrivait que « les femmes n’ont pas tardé à contrarier le courant civilisateur » ; « elles exercent une influence tendant à le ralentir » bien qu’elles fussent à l’origine de cette même civilisation par amour. « Elles soutiendront les intérêts de la famille et de la vie sexuelle, alors que les hommes seront amenés à entreprendre des tâches difficiles propres à la culture qui leur demande de  sublimer leurs instincts « sublimation à laquelle les femmes sont peu aptes ».

Ceci fait écho à la réflexion de Freud, qui l’a fait taxer de misogynie, mettant en cause la sclérose mentale des femmes de trente ans, inaptes à quelque évolution que ce soit.

 

Je ne sais pas si Freud était misogyne – il a bien reconnu l’intelligence de Lou Andreas Salomé – je pense qu’il parle de son expérience clinique, malheureusement, et cela nous montre en tout cas dans quel état pouvaient se trouver les femmes de son époque, sous l’influence des discours politiques, sociaux et familiaux qui leur étaient réservés.

Il est un peu dommage que Freud n’en ait pas mesuré exactement l’incidence.

 

Jetons un bref coup d’œil sur nos textes fondateurs. Il y a bien sûr Lilith, Eve. Mais j’ai un faible pour la théogonie d’Hésiode qui nous conte la vengeance de Zeus à l’égard de Prométhée et donc des hommes qui se voulaient à l’égal (déjà le problème de l’égalité) des Immortels.

La vengeance c’est celle de la création de cette « funeste merveille » qu’est Pandore, séductrice irrésistible mais dont l’amphore contient tous les maux futurs de l’humanité, de la vieillesse à la folie.

Alors, faut-il suivre le beau Zadjal d’Aragon qui évoque les femmes comme « avenir de l’homme » ou bien craindre que les femmes soient de nouvelles Pandore.

Ce que visent de nombreuses femmes aujourd’hui, ce n’est pas seulement d’être d’irrésistibles séductrices, mais d’accéder à l’exercice de l’autorité dans les entreprises, les administrations, le gouvernement. En ce qui concerne la famille, le droit est acquis, tout au moins dans notre pays et quelques autres (nous laissons de côté ces trop nombreux pays où le statut des femmes est encore trop problématique).

La France, comme on le sait, a été pourtant bien à la traîne et a maintenu les femmes dans un statut d’infantilisme politique. Non seulement dans l’Histoire de la France, la loi salique a écarté les femmes du pouvoir, mais dans notre histoire récente, de Gaulle, bien qu’ayant enfin accordé le droit de vote aux femmes en 1945, n’accordait aucune confiance à leur intelligence politique. Pompidou de même a écarté systématiquement les femmes du pouvoir. La reconnaissance dont les françaises jouissaient était somme toute bien inférieure à celle des Romaines, auxquelles étaient attribuées les mêmes qualités de « vir » qu’aux hommes : Tite Live fourmille de récits montrant « la virilité » dont celles-ci étaient capables : courage, vaillance, fidélité, sens de la justice. Mais il est clair qu’elles étaient perçues comme « indomptables », et pour cela soumises à de très nombreuses règles, non sans susciter leur révolte parfois, et la résistance des hommes. Il est amusant de lire le discours de Caton l’Ancien (II° siècle avant J.C.) : « Avec toutes les entraves, à peine pouvez-vous les (femmes) contenir… Qu’en sera-t-il si vous leur permettez d’attaquer les lois, en un mot de s’égaler aux hommes … elles voudront vous dominer… »

Depuis longtemps s’affrontent donc le désir de liberté et d’égalité, et la peur que celles-ci inspirent.

Dans l’Histoire, celles qui ont effectivement exercé le pouvoir, l’ont fait soit avec une furie érotique et meurtrière, telle Messaline, soit avec une intelligence politique constructive exceptionnelle, comme Catherine de Russie. Mais dans l’ensemble, le pouvoir politique des femmes a été celui des faibles, du S2, non du signifiant maître, c’est-à-dire de la persuasion, de la ruse, de l’influence, de la manipulation par amour ou intérêt. Reines, favorites, femmes de dictateurs s’y illustrèrent de façon subtile, parfois décisive : voir par exemple comment la montée au pouvoir de Mussolini fut possible par le financement et le soutien de trois femmes juives, héritières qui se piquaient de marxisme.

Que disent les femmes de notre époque qui ont été amenées à exercer de hautes fonctions politiques ou économiques ?

Elles reconnaissent que le premier obstacle à l’exercice du pouvoir vient d’elles-mêmes, de leur sentiment d’illégitimité. Elles ne cessent de s’interroger sur le mérite qu’elles auraient à être reconnues, ce qui entrave l’audace nécessaire à l’exercice du signifiant maître.

Même Simone Veil a d’abord douté d’elle lorsqu’elle accepte le poste de Ministre de la Santé : il est vrai qu’elle savait clairement qu’elle allait s’attaquer au pouvoir patriarcal et l’entamer.

Faut-il voir dans ce sentiment fréquent d’usurpation, la marque de la privation initiale du phallus, non seulement de l’organe, mais du pouvoir symbolique qu’il confère – marque indélébile selon Freud, et qui conduit, hommes comme femmes, à la haine de la féminité. Contrairement à ce que pensait Freud, en revanche, elles se montrent pourvues d’un surmoi féroce, car il est nécessaire de prouver toujours davantage pour être reconnu.

Quant à celles chez qui ce sentiment d’usurpation n’apparaît pas ou reste refoulé, on sait que d’habiter le Réel, d’être Autre, un espace infini, peut les conduire à oublier toute limite symbolique à leurs actes et paroles : le tyranosaure, qu’elle soit mère, épouse, chef de service ou professeur fait son apparition redoutée.

Mais, ne désespérons pas, il y a des femmes qui tentent d’exercer le pouvoir, endossant le signifiant maître, tout en gardant le souci de l’Autre, de ceux qui appartiennent au lieu de l’Autre, c’est-à-dire de leur liberté et de leur inventivité. Equilibre difficile, car un peu trop de sollicitude et elle est taxée de faiblesse et de maternage : haine des femmes, toujours.

Mais parmi les femmes d’expérience et de terrain dans de hautes fonctions politiques que j’ai pu lire, aucune n’émet l’idée qu’il faudait éliminer les hommes du pouvoir, à l’instar de ce qu’ont fait les hommes à l’égard des femmes pendant des siècles.

En revanche, ce dont nous sommes avertis, ce sont des mouvements féministes contemporains qui eux sont beaucoup plus ambigus et qui eux, peuvent avoir une certaine emprise sur les futures femmes de pouvoir et au pouvoir. Ce sont des mouvements beaucoup plus portés par des journalistes, écrivains, philosophes, psychologues.

 

Naturellement, pour y voir plus clair, il serait nécessaire d’avoir une idée de l’histoire du féminisme, dans notre pays tout du moins, et mesurer correctement le statut des femmes depuis la Révolution de 1789.

Je me contenterai de rappeler ce que l’on oublie trop souvent : que la Convention jugea les femmes radicalement inaptes à toute participation à la vie publique. Leur exclusion fut pire que jamais, voilà les bénéfices de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme !

Il faudrait examiner les liens entre les luttes sociales et politiques visant les classes les plus démunies, et le déploiement très difficile du féminisme. Il ne faut pas croire que ces combats se rencontraient nécessairement ; il suffit de lire ce que dit l’un des plus grands tenants du socialisme français, Proudhon, affirmant que les femmes sont de nature inférieure et dangereuse, pourvoyeuses d’enfants avant tout.

 

Mais, à la faveur du retour au religieux, elles ont bénéficié d’une aura de spiritualité plus ou moins opaque. Instinctives et spirituelles oui, réfléchies et capables d’action sûrement pas. Telle est l’opinion répandue jusqu’à la guerre de 14/18. Je vous renvoie à la lecture de l’histoire du féminisme du XX° siècle pour m’intéresser à l’actualité.

 

Le paysage des mouvements féministes dits de la troisième vague est extrêmement complexe. Je n’essaierai pas de vous en rendre compte. Ce sont des mouvements qui ne défendent pas les mêmes idéaux, n’ont pas les mêmes projets, et bien entendu sont en guerre entre eux. De ce point de vue donc, nous avons immédiatement une réponse au moins partielle à notre question ; la politique menée par les femmes a les mêmes caractères que celle menée par les hommes : conflits, rivalités, divergences, et peut-être tant mieux. Un parti unique serait plus inquiétant pour tous et toutes. Dans cette complexité de mouvements j’évoque bien sûr les mouvements du « gender » et du « queer », que nous commençons à bien connaître. Mais il y a aussi les « intersectionnelles »  qui combinent les luttes de classe, de racisme et du genre. Elles font apparaître de nouvelles idéologies, Musulmanes et « Black », qui ne se privent pas de dénoncer le féminisme « blanc ». Il y a des mouvements anticapitalistes, les éco-féministes, les pro-sexes etc.

Je m’attarderai un petit moment sur  celles qui lisent quelque peu la psychanalyse. Il y a bien sûr Butler elle-même, qui a sans doute la pensée la plus solide je veux dire  celle qui tente de se trouver la moins enchaînée par la spontanéité, la pulsion, l’opinion. Mais je dirai surtout un mot d’un mouvement anglo-saxon, devenu prégnant aux U.S.A., et qui nous envahit peu à peu, et en particulier à l’Université : le Care, et son dérivé qui met en son centre le concept de sororité.

 

Le Care propose une éthique féminine soucieuse du dialogue et de la vulnérabilité d’autrui. Ethique qui s’ oppose, sans la condamner, à l’éthique masculine de la justice fondée sur la neutralité froide des règles et concepts (Carol Gilligan). « Les femmes sont beaucoup plus investies dans les relations de soin qui les attachent à autrui alors que les hommes portent plus d’intérêt à la construction individuelle et font davantage place à la compétition. Ils accordent ainsi une plus grande place aux règles qui permettent la distance affective aux autres. Ces caractéristiques permettent des résolutions différentes des problèmes moraux. »

 Les femmes font l’expérience de conflits de responsabilité qu’elles cherchent à résoudre de manière plus relationnelle.

D’où ce nouveau concept français à la mode dans les groupes de réflexion « sororaux », groupes non hiérarchisés, horizontaux où l’activation d’un lien indéfectible entre les femmes  permet de canaliser, selon l’écrivaine Chloé Delaume, la violence des femmes due à leur frustration dont la psychanalyse est en partie responsable puisqu’elle voue les petites filles à la blessure éternelle du penis-neid.  Pour Delaume il ne s’agit, dans le penis-neid que d’une interprétation culturelle.

 

Le mouvement Care, entre en lutte avec l’organisation patriarcale de la société qu’il estime responsable du binarisme dissymétrique des sexes et des genres, de la violence et de la guerre. Il requiert le sacrifice de l’amour au nom de la hiérarchie : ainsi Abraham sacrifie son fils par obéissance à Dieu le Père.

Cette violence est aussi une manière de se défendre contre la douleur de la perte.

L’échange et la communication suffisent à mettre en cause cet ordre hiérarchique que subissent les garçons contraints à la castration. Les hommes sont en fait tous des soldats de Dieu.

Ce qui est intéressant dans ces mouvements Care, outre que les participantes interviennent sur le terrain, notamment israélo-palestinien, c’est qu’elles le font en tant que femmes, elles y insistent.

Pouvons- nous cependant évoquer l’idée du matriarcat dans ces sociétés de sœurs ?

Il s’agit de transmettre des valeurs d’altruisme, en opposition au narcissime agressif des groupes masculins fondés sur l’amour du Père. La perte et la séparation doivent être acceptées sans être mises au service du Père. Ce ne serait donc pas tant un matriarcat nostalgique du sein mythique maternel, qu’une sororité fondée sur une virilité hors index phallique ou pénien, sans défaillance, mais qui se voudrait pacifique.

Nous connaissons le principe que Lacan avait théorisé en évoquant « la société des frères » : groupes fondés sur une identification imaginaire des membres entre eux et rejet du dissemblable. Certes, les groupes de sororité ne rejettent pas les hommes, ce ne sont pas des « sociétés de maîtres », mais la plupart  adhèrent cependant au mouvement « me too ».

Ce dernier fait-il lien entre tous mes mouvements féministes ?

On ne peut l’affirmer, mais comme on sait le mouvement « me too » est une vague étouffante qui, s’il a raison de dénoncer la délinquance, harcèlement, viol, induit une confusion avec le désir masculin en tant que tel, ce qui est très dommageable, et d’abord pour les femmes elles-mêmes.

Cela entretient une colère contre la « domination » des hommes et les restes d’un patriarcat bien entamé cependant. Le mythe de Pandore se retourne, les hommes deviennent de « funestes merveilles ».

Ce n’est pas qu’il n’y ait pas à veiller, on sait qu’à la moindre difficulté sociale sérieuse et grave, ce sont les femmes qui sont immédiatement visées. Les avancées sont récentes si on prend la peine de lire l’Histoire, et bien fragiles. Mais il est clair qu’à ignorer le Réel, et la psychanalyse, c’est la guerre entre les sexes qui se perpétue.

En clinique nous avons un certain nombre de patientes qui ont grande difficulté d’accès à leur inconscient, à l’association d’idées. Le féminisme actuel semble ainsi encore trop contribuer à la confusion morale, politique et sociale de notre société.

 

Aussi fallait-il un singulier courage à Lacan, pour écrire, en pleine montée du féminisme que « il n’y a de femmes qu’exclues par la nature des choses qui est la nature des mots, et il faut bien dire que s’il y a quelque chose dont elles-mêmes se plaignent assez pour l’instant c’est bien de ça – simplement elles ne savent pas ce qu’elles disent, c’est toute la différence entre elles et moi. »

C’est donc la structure du langage et la logique qui procèdent à l’exclusion des femmes.

 

« La femme n’existe pas », cette phrase devenue célèbre de Lacan ne signifie pas que le signifiant femme  n’existe pas dans l’Autre du langage, mais que l’Autre, comme Autre sexe est un absolu inaccessible, dans la mesure où, puisqu’il est Autre, il ne peut être subsumé par un signifiant. Lacan dira donc qu’il est l’Un-en-moins.

De ce que Télévision appelle aussi l’Autre radical, les hommes en font l’expérience dans l’épreuve de la relation sexuelle, c’est-à-dire du « non-rapport sexuel » (Télévision)  où ils ne rencontrent que l’a-sexué (aux deux sens du terme).

On peut dire aussi bien qu’il n’y a pas de lieu Autre d’où on pourrait dire ce qu’est cet Autre.

Ce qui a pour conséquence singulière qu’une femme ne peut parler d’elle-même qu’à « faire l’homme ».

Mais le plus important est que d’une part, on peut mieux comprendre pourquoi les discours sociaux qui fabriquent du lien social nécessairement homogénéisé ne peuvent intégrer cet Autre radical, qui toujours échappe.

Les femmes, comme nos textes ancestraux nous le montrent, sont traitées comme un danger : femme fatale devant être assujettie et son corps arraisonné.

Il a fallu les effets de la science qui met en avant un sujet neutralisé et universel pour qu’apparaisse qu’être née femme était un malheur et donc à ce que cela devienne problème de société.

D’autre part, une femme ne peut se dire femme, mais « proposer d’être dite femme » alors qu’un homme « se fait homme », s’il accepte d’appartenir au « tout phallique » par la grâce de la castration. Le problème de l’identité d’une femme reste donc toujours posé. Qui répondra à sa proposition ?

Mais alors, celle qui participe cependant de la castration phallique au titre de pas-toute, pas-toute phallique donc, ne serait-elle pas-toute être parlant ?

Assurément, puisque la jouissance supplémentaire, mais proprement féminine à laquelle elle à affaire n’est en relation avec aucun signifiant. Elle fait trou, peut-être même peut-on dire forclusion. Ce qui se voit clairement dans la statue du Bernin de Sainte Thérèse, qui figure un corps extatique muet.

Mais quelles conséquences sur la possibilité d’exercer l’autorité ? Lacan le résume dans une phrase cursive : « l’inconscient ne leur fait pas la part belle ».

Et Lacan de rappeler que pour la part qui échappe à l’inscription phallique, la pas-toute, dans le rapport auquel elle a affaire avec l’Autre, eh bien « elle n’en sait rien, parce-que lui-même n’en sait rien, d’autant qu’il n’existe pas. »

Pas très étonnant que les femmes pas-toutes aient une éloquence hésitante, et même, quoi qu’on en pense, une difficulté à « bavarder », échanger en société.

Mais la part inscriptible phalliquement de la pas-toute est aussi piégée : si elle va chercher le phallus dont elle est privée initialement chez son partenaire homme – ou femme dans certains cas d’homosexualité d’ailleurs – la voilà obligée de refouler au gré du fantasme de celui-ci. Ce qui fait dire à Lacan qu’elle a l’inconscient de l’homme qu’elle aime. De plus, il n’y a pas d’assurance amour et désir comme chacun sait. Ce qui, pour elle, à la différence d’un homme, entame son identité même de « femme ». Vieilles filles comme on disait autrefois, célibataires, divorcées elles sont nombreuses à se plaindre d’une anxiété psychique permanente, de témoigner d’une errance souvent réelle.

Enfin leur inconscient ne leur fait pas la part belle, du fait d’une chute non validée de l’objet a, elles se trouvent prises dans une difficulté d’accès à la logique classique, aristotélicienne ou mathématique qui implique que soit tranché le oui ou le non, le vrai ou le faux.

Pas-toute, elle ne craint guère la contradiction et affectionne le mi-dire de la vérité.

 

Si comme Charles Melman l’affirme, ce qui fait autorité dans notre société c’est désormais l’écriture informatique qui vient remplacer nos textes sacrés, alors, la gynocratie ne menace pas l’avenir. Si bon nombre de jeunes filles corrigent effectivement cette difficulté propre à la pas-toute par un surinvestissement de la logique et de son rejeton technique informatique, il n’en reste pas moins que les Ecoles supérieures d’informatique sont en très grande majorité fréquentées par les jeunes hommes. Et même la Silicon Valley, qui s’efforce de promouvoir les femmes, désespère de les voir arriver dans les plus hautes fonctions de recherche.

 

Il reste qu’un féminisme conséquent est possible : celui qui ne se détourne pas des difficultés réelles de la structure (la position masculine a les siennes), pour les mettre à distance, les contourner, voire les surmonter ; et donc, pourquoi les femmes  ne seraient-elles pas à même d’exercer, si elles le souhaitent, l’autorité de la façon la plus convenable possible, sachant que celle-ci fait toujours symptôme.

 

Mais est-ce suffisant pour contribuer avec les hommes à chercher des issues aux problèmes actuels de la démocratie menacée ?

Suffisant non, mais indispensable sans aucun doute.