Charles Melman : L'inconscient est le politique - 3

EPhEP, Grande conférence, le 17/05/2018

L’autorité

Charles Melman – Nous allons donc, comme d’habitude, déranger quelques idées reçues, ce qui après tout est une activité qui peut avoir quelque intérêt. Et je commencerai par vous rappeler que nous sommes tous, ici, dans cette salle, que nous sommes tous des praticiens de l’autorité, que ce soit l’autorité que nous avons subie ou bien l’autorité que nécessairement nous exerçons sur tel ou tel de notre entourage. Nous n’avons plus le choix.

Vous remarquerez que j’ai dit « l’autorité que nous avons subie ». J’aurais pu dire « l’autorité que nous avons eu le bonheur de rencontrer », mais vous reconnaîtrez que c’est une formulation qui paraîtrait sans doute excessive. Il faut se demander évidemment pourquoi ? Pourquoi est-ce qu’a priori l’autorité est vécue dans ce registre de ce qui est subi ?

Vous avez, je le vois tout de suite, une objection, je le vois dans vos yeux, qui est : mais enfin, et l’amour ? L’amour, quand même, ça fait autorité. Et est-ce que l’amour ne serait pas justement le type d’autorité que nous serions en mesure de connaître avec bonheur ? Heureusement, heureusement nous avons pour cela les romanciers qui nous informent et qui nous apprennent que l’amour ça ne tourne régulièrement pas très fort. C’est bizarre quand même ! Il est même étrange que l’on puisse trouver un certain plaisir au récit de la mauvaise tournure que va prendre l’amour. L’amour comme - après tout pourquoi ne pas le dire comme ça - comme échec de ce qui serait l’autorité heureuse. C’est curieux !

Ceci étant, ce qui nous est familier, ce sont les expressions manifestes évidemment de l’autorité, que ce soit dans le domaine privé, bien sûr familial, c’est indéniable, les autorités éducatives, et évidemment les autorités dans le champ social : toute la déclinaison politique, théologique, juridique, économique, morale, les incidences autoritaires de l’opinion, etc.

Alors à ce moment-là vous êtes frappés par ceci, c’est que nous qui pratiquons aussi naturellement l’autorité, eh bien nous ne savons pas ce que c’est. Autrement dit, si venant par exemple vous faire la liste des déclinaisons de l’autorité, si je vous demandais : mais quel est le référent, quelle est l’instance, le concept dont ces diverses expressions sont les manifestations ? Je crois que, comme moi, vous seriez embarrassés.

Qu’est-ce qui fait, après tout, que nous n’avons pas de concept de ce qu’il en serait de - pour utiliser le langage des philosophes - l’essence de l’autorité dont les manifestations seraient ainsi les accidents.

Il est donc remarquable que nous vivions paisiblement dans je dirais -  paisiblement ou pas, peu importe ! - mais en tout cas que nous vivions dans cette pratique ainsi généralisée de l’autorité, sans savoir en quoi elle consiste et ce que nous faisons. Donc pratique sans conceptualisation théorique.

Il est connu aussi que ces expressions de l’autorité, puisque nous les subissons, induisent de façon régulière les oppositions et les réformes que nous savons, et avec la constatation qui nous est familière, que ces oppositions et ces révoltes vont être non seulement inefficaces, mais qu’elles risquent même plutôt, malgré le courage, malgré la bonne foi,  l’élan, le dynamisme, la sincérité, le cœur, ce que l’on voudra, elle a des chances de s’aggraver. Ce qui fait donc qu’on peut regretter de ne pas avoir un meilleur aperçu de ce qui fonde l’autorité, de ce en quoi ça consiste, ce qui l’agence, pour peut-être mieux construire notre conduite à son égard et ne pas être ainsi systématiquement les victimes de nos meilleures et plus courageuses intentions. Puisque l’histoire est évidemment peuplée de ce que sont les révoltes contre l’autorité.

Remarquons d’ailleurs à ce propos, que la révolte contre l’autorité, il s’agit le plus souvent, évidemment, de prendre sa place, avec l’idée que celle qui sera désormais exercée sera évidemment plus bénéfique et enfin satisfaisante, ce qui n’est jamais le cas, ce qui en tout cas ne s’est jamais démontré comme tel.

Parmi ceux qui ainsi se révoltent, il y a bien entendu ceux dont l’intention est de rayer de la carte, de détruire, de défaire toute autorité. Lorsque vous avez l’occasion de fréquenter, d’écouter, de connaître les partisans de cette position radicale, vous constatez que cette annulation, ce refus de toute autorité n’est pas moins pesante et autoritaire dans la détermination des conduites que celles que les autorités quelconques ordinaires provoquent. Celui qui se lève le matin, sachant qu’ainsi il est parfaitement libre, voilà quelque chose que je me permets d’avancer : cette liberté n’est pour lui pas moins astreignante et a des effets pas moins autoritaires que ce à quoi elle entend se substituer. Ça c’est embêtant puisque nous sommes bien évidemment des - et c’est bien normal - des amants de la liberté, c’est-à-dire de l’allégement de toutes les autorités.

Donc ce petit préambule, cette introduction au problème, dont je ne sais pas s’il est fait couramment, mais enfin qui me semble quand même fidèle à ce que nous pouvons directement connaître grâce à cette pratique qui est la nôtre, je crois que ce préambule est suffisamment exact pour mériter notre attention.

Pour rester dans ce qui serait une phénoménologie plus singulière, plus psychologique, phénoménologique peut-être, disons qu’en général, ce qu’il en est de notre attitude, de notre  rapport à l’autorité soulève en général chez chacun ce mixe composé à la fois d’amour et de haine. Le plus souvent ! L’équilibre est évidemment variable et les extrêmes existent et se rencontrent, s’excluant l’un l’autre bien sûr. Mais il n’est pas du tout extraordinaire, et chacun de nous a pu l’observer dans ses relations proches, personnelles, de voir de quelle manière cet amour de l’autorité est - je ne dirais pas infiltré - mais se double si facilement d’une haine définitive, mortelle.

Ceci donc nous amène sur ce qui est l’une des pièces « majeures » de la découverte freudienne (je me permettrais d’écrire ce « majeure » entre guillemets) et qui est donc le complexe d’Œdipe. Il y aurait en chacun de nous, pour peu qu’on prenne la peine de l’écouter, cette volonté de tuer le père. L’explication en étant que celui-ci est un obstacle à l’amour incestueux du fils pour sa mère. Et comme vous le savez sûrement, les premiers temps de la découverte de ce sentiment se sont accompagnés de l’idée recherchée chez les anthropologues que c’était là un sentiment universel, que ce qui caractérisait donc l’espèce, la nôtre, c’était donc le vœu de mort à l’endroit du père.

Ce qui est d’emblée instructif, c’est que ce n’est pas vrai, c’est inexact. C’est ainsi que s’il faut qualifier ce sentiment d’universel, il convient de retrancher de la population sa moitié, la moitié féminine, tout simplement, ce qui n’est pas tout à fait négligeable. Car il est facile d’observer que les sentiments de celles qui justement pourraient s’estimer avoir été lésées dans la distribution des biens qu’opère le père, eh bien je veux dire que cette injustice, le plus souvent, n’empêche aucunement que, contrairement au brave garçon, les sentiments de la fille soient à l’opposé faits de tendresse sinon d’amour pour le responsable de ce que vont être ses difficultés. Voilà bien un singulier paradoxe. Je parle évidemment de ce qui s’observe en général, mais chacun ou chacune évidemment se trouve déterminé(e) à sa façon.

L’autre remarque qui, elle, est alors beaucoup plus décisive, c’est que tuer le père, c’est-à-dire venir le reléguer dans cet espace Autre, dans cet espace sacré où il vient en quelque sorte prendre la suite de ceux qui l’ont précédé dans la lignée à laquelle il appartient, voilà une opération qui est bien gênante, c’est que le tuer, c’est le perpétuer, si j’ose ainsi  m’exprimer.

Vous voyez, à tuer il faudrait substituer le verbe père-pé-tuer. Eh bien oui ! Parce qu’il est évident que c’est consacrer, pour ceux qui voudraient l’éternité, son autorité et son pouvoir. Ce qui fait que, vouloir ainsi régler son compte à papa, qui après tout ne fonctionne qu’en tant que représentant, en tant que délégué, en tant que, comme j’ai l’habitude de dire, de fonctionnaire de l’instance à laquelle il se réfère - papa est un fonctionnaire, il remplit la fonction – c’est le rendre éternel.

Jusque-là il avait une joyeuse vie de garçon, il rigolait avec ses copains, le dimanche, il allait faire du foot avec eux, et puis pan ! voilà qu’à la maison il vient un enfant, et voilà qu’il va se découvrir dans la bouche un propos qu’il ne se connaissait pas ! Dans les bons cas, car il arrive qu’évidemment il reste jeune homme pendant un bon moment, mais en général ça se passe comme ça : il se découvre brusquement investi par un propos dont il ne sait d’où il lui vient, qui est le propos que tient un père. Il ne sait pas où il l’a appris, il n’est pas allé à l’école pour ça, mais c’est comme ça, il est devenu embêtant, ennuyeux. Ennuyeux hein ! Ce n’est pas drôle, il n’invente pas, il est très classique. Mais d’où vient ce classicisme ?

Vous avez dû déjà entendre ce truc amusant qui a dû vous être raconté, c’est que Lacan, lui,  raconte que l’histoire d’Œdipe, le drame, le drame d’Œdipe qui est là sur son char, sur sa charrette, qui est là à fuir son palais parce qu’on l’a averti qu’il risquait de tuer son père - donc il fuit, il fuit le palais pour ne pas faire une chose aussi abominable – Œdipe  rencontre- les chemins sont étroits - il rencontre un type qui arrive sur sa charrette comme lui, en face de lui. Alors  qui va céder le passage à l’autre ? Hein ? On voit ça tous les jours dans nos rues, querelle de priorité ! Et puis ça tourne mal, et puis voilà ! Donc, dit Lacan, cette histoire c’est une querelle de chauffards (rires). Et il s’amuse évidemment en disant que s’ils avaient laïussé, un peu plus laïussé - vous voyez l’ombre de Laïos qui plane là-dessus - s’ils avaient laïussé un peu plus, finalement ils se seraient débrouillés quoi ! Œdipe n’aurait pas trucidé papa sans savoir évidemment que c’était papa.

Mais alors pourquoi ces sentiments mêlés du fils à l’endroit du père, cette volonté de le tuer, si ce n’est que le fils n’a pas fréquenté les écoles qu’il faudrait, et entre autres la nôtre bien sûr, pour apprendre que ce dont il se plaint, c’est-à-dire la perte de l’objet n’est pas ce qu’il pense. La perte de l’objet, ce n’est pas la faute à papa, la perte de l’objet désiré et aimé, ce n’est pas du tout la faute de papa. Papa va jouer son rôle dans l’affaire, mais pas du tout comme il est cru. Ce n’est pas la faute de papa, parce que la perte de l’objet est commandée par un dispositif innocent en lui-même et anonyme, et qui s’appelle le langage.

Nous n’avons rapport les uns et les autres, et y compris ce soir bien sûr, nous n’avons rapport qu’à des signifiants. Et pour notre espèce, la pratique du langage vaut, équivaut du même coup à la chute de l’objet, papa n’intervenant là-dedans que du fait que sa pratique intrafamiliale va donner un sens sexuel à cette perte de l’objet qui est causée et vient d’ailleurs. Mais c’est dans la mesure où papa aura la cruauté de priver les petits chéris de leur maman, que cet objet, anonymement si je puis dire, sans intention, sans finalité, auquel le langage conduit à renoncer, que cet objet prend, du fait du drame familial, prend un sens sexuel. C’est bien comme ça que le plus souvent papa est vécu, c’est-à-dire comme celui qui est fautif d’introduire dans une relation sereine et paisible de la mère avec son enfant, une relation heureuse, une relation concertée, une coaptation, d’introduire la violence du sexe.

C’est cette introduction du sexe violent, du sexe pour l’enfant dont papa est responsable, qui fera que, par exemple, la fille se demandera comment elle est devenue sexuée, qu’est-ce qui lui est arrivé ? Elle voit bien dans l’attitude des uns et des autres, dans les regards qui la concernent, dans la façon dont on la traite, qu’elle est devenue sexuée, alors qu’elle n’y est évidemment pour rien, qu’elle se trouve habitée par le sexe sans savoir comment il a bien pu lui advenir, d’où, entre autres, bien sûr, la tentation anorexique d’être à la recherche d’une élimination du corps, ou bien bien encore, ce fantasme, qu’il a dû se produire pendant son sommeil une pénétration abusive dont le père peut facilement être accusé. Enfin il a dû se produire quelque chose de l’ordre de la pénétration ! Et donc pénétration abusive dont elle est l’innocente victime. Je ne fais que décrire, me semble-t-il, de façon tout à fait basique et banale, ce qui est le plus ordinaire.

Le rôle du père ou sa culpabilité, comme on voudra, est donc d’avoir introduit la sexualité là où on ne l’espérait pas, où on ne l’attendait pas. Et donc d’être cet auteur responsable de ce qui fait que désormais l’ensemble des propos échangés va avoir pour signification ultime ce sens inattendu qu’est la libido. C’est ce que Freud avait découvert : que finalement, quoi que l’on puisse raconter, y compris « passez-moi la boîte d’allumettes », quoi que l’on puisse raconter, ce propos est animé par un sens ultime, foncier, et qui est la libido. Ce qui fait donc du père, contrairement à l’apparence immédiate, le donateur de la vie, je dis contre l’apparence immédiate, puisqu’il est légitime que spontanément, ce soit d’une donatrice dont il sera question. Ce qui fait que lorsque Freud découvre qu’Éros, la pulsion érotique est doublée d’une pulsion de mort chez chacun d’entre nous, on peut y retrouver cette ambivalence, cette ambiguïté dont je parlais tout à l’heure dans la relation d’amour mêlée de haine au père, je veux dire le fait qu’Éros n’est pas distinct de Thanatos, et que le désir foncier va être d’interroger : pourquoi est-ce que je suis né ? – je ne vais pas vous donner la citation grecque, ce n’est pas nécessaire – et pourquoi aurais-je pu ne pas naître ?

Si on se tourne plus immédiatement vers l’actualité, où l’on observe forcément ce qui est appelé à juste titre le déclin de la fonction paternelle, c’est-à-dire de cette autorité, de cette forme d’autorité que je réévoque, on peut incriminer à cet égard le rôle de Freud. Le rôle de Freud, avec bien sûr la validation qu’il fait du complexe d’Œdipe, comme si ce qu’il appelait la mort du père était la condition d’un accès de l’enfant à l’âge adulte. Il y a là une confusion majeure entre les trois registres que Lacan a eu le bonheur pour nous d’isoler, c’est-à-dire les registres du Réel, du Symbolique et de l’Imaginaire, et sans lesquels on ne s’y retrouve pas. Puisqu’il ne s’agit pas avec la mort du père d’un meurtre réel mais d’un meurtre qu’il faut qualifier de symbolique, et qui fait que justement ce meurtre symbolique, venant situer l’instance paternelle dans le Réel, l’éternise. Autrement dit, la condamne, cette instance, à la vie perpétuelle, à être toujours là.

Il y a donc une mal-compréhension faite en général du complexe d’Œdipe, que l’on retrouve volontiers chez les philosophes ou les moralistes, semblant estimer que le rejet de la tradition est la condition d’un accès à ce qui serait une indépendance de l’esprit. Vous voyez que l’on revient ici au problème de l’autorité et de la liberté.

J’ai l’habitude aussi, mais je n’y peux rien, ce n’est pas de ma faute, de souligner dans ce qui est ce déclin de l’autorité paternelle, de la référence paternelle, les conséquences qui vont se lire à tous les étages, y compris bien sûr dans la vie politique, par exemple dans l’évolution des figures représentatives de l’autorité. On ne sera plus du tout surpris, si c’est quelqu’un dont la profession connue et appréciée est celle de clown qui – j’évoque ici un pays voisin, l’Italie – se représentera au suffrage. Et aux dernière élections il obtiendra – ce n’est plus lui-même mais son adjoint, peu importe !  -  il obtiendra la majorité. Le clown ! Le clown à la place de l’instance chargée de l’autorité ! Je ne vais pas me lancer dans des digressions concernant l’Outre-Atlantique, mais enfin je pense que chacun est sensible au fait que la figure de l’autorité aujourd’hui est non seulement devenue étrange, inattendue, précaire puisqu’éminemment vulnérable, y compris bien sûr quand elle est celle de l’enseignant. Alors là ce n’est pas la peine que je m’étende je pense auprès de vous. Autrement dit, le fait que l’autorité puisse aujourd’hui directement provoquer, enfin se trouver frappée de ridicule, de dérisoire, souligne la démonstration que cette autorité est dénuée de pouvoirs réels.

Peut-être est-il également bon de souligner de quelle façon un philosophe français, généralement estimé, apprécié, dont les œuvres complètes sont entrées à la Pléiade, combien un philosophe français, ces dernières années, a joué un rôle considérable dans ce délitement de la figure paternelle en tant que support, agent de toutes les déclinaisons que j’évoquais tout à l’heure, y compris soignante, y compris thérapeutique. Et vous avez reconnu dans cet auteur Michel Foucault, dont vous savez que les théories actuelles du genre sont directement déduites de son enseignement. Ce qui, d’un point de vue clinique, ici en tout cas pour nous, mérite d’être souligné, c’est que ce que l’on observe chez Michel Foucault, c’est effectivement la dénonciation du caractère symbolique de l’instance paternelle, c’est-à-dire aussi bien de l’instance phallique, donc la dénonciation du caractère symbolique de l’instance phallique pour, par une opération de positivation de l’organe, célébrer l’excellence de la jouissance de l’organe lui-même. Autrement dit positivation, c’est-à-dire célébration de ce qu’il en est du réel de l’organe que justement sa symbolisation écarte, met à distance au profit des éléments métaphoriques et métonymiques qui en sont les expressions.

Je crois également pouvoir avancer, et cette banalité je dirais me confond, que rien, que cette positivation d’un objet jusque-là symbolique, c’est-à-dire écarté du commerce, cette positivation est particulièrement congruente avec les progrès de l’économie de marché, c’est-à-dire de la commercialisation de tout ce qui serait susceptible d’être positivé et commercialisé. Il y a une congruence dont je ne sais pas si elle est si fréquemment notée, remarquée, congruence entre le développement de cette philosophie et l’économie de marché elle-même.

Comme vous l’avez vu, nous célébrons mai 68. La majorité d’entre vous n’y étiez pas. Vous étiez encore bien tranquilles, enfin à peu près, à peu près tranquilles. Mai 68, ça a été une explosion extrêmement bizarre. D’abord parce qu’elle survenait dans une période qui était de bien-être économique, c’était encore dans l’élan de ce que l’on appelait « les trente glorieuses », je veux dire l’accroissement régulier de la richesse générale. D’autre part, on ne savait pas très bien finalement contre qui c’était essentiellement dirigé, puisque c’était dirigé non seulement contre le pouvoir politique bien sûr, mais contre toutes les autorités quelles qu’elles fussent ! Il est interdit d’interdire ! Il était donc tout à fait remarquable que le programme de ce mouvement n’était absolument pas évident ; et d’ailleurs les jeunes qui se trouvaient à leur propre surprise être les animateurs de cette affaire, n’étaient guère en mesure de dessiner quelque programme social qui, en dehors de quelques aperçus généreux, était économiquement viable. Et donc la surprise, la joie de voir surgir un grand mouvement populaire contre toutes les autorités, quelles qu’elles fussent !

Je me souviens par exemple de célèbres metteurs en scène ou d’acteurs venant - c’était Jean-Louis Barrault, Madeleine Renault - venant sur la scène du Théâtre de l’Odéon dûment occupée bien sûr - est-ce que c’était un lieu de pouvoir le Théâtre de l’Odéon ? – venant sur la scène de ce théâtre, s’excuser. S’excuser de quoi ? Je ne sais pas, de l’autorité sans doute qu’ils pouvaient avoir auprès des spectateurs ou de leur réputation, ou de ? C’est étrange ! Autrement dit, est-ce qu’on va dire que c’était quasiment le pouvoir de séduction qui était dénoncé ? L’autorité est exercée par la séduction ?

Pour ceux d’entre vous que ça intéresse, Lacan a eu à ce moment-là une réaction intéressante. D’abord parce que parmi les jeunes qui animaient mai 68, un certain nombre assistait à son séminaire qui portait à l’époque sur l’acte psychanalytique. Et voilà brusquement que l’action se mettait à saisir le peuple ! Mais l’interprétation de Lacan n’était sûrement pas celle des animateurs de mai 68, puisque son interprétation, c’était que l’arme dont se servaient les révolutionnaires, c’est-à-dire le pavé,  le pavé symbolisait, pensait Lacan, cet objet petit a dont, je dirais, les mœurs nouvelles et non l’économie, faisait qu’il était devenu stagnant dans le champ social. Il transformait ce champ social en un champ d’épandage, autrement dit que l’on vivait dans la pollution, à entendre dans son sens à la fois physique et métaphorique, pollution venant contrarier la vie sociale. Mais il s’est assez vite rendu compte que ce n’était pas le cas, que ce n’était pas justifié ; et à l’occasion de ce qui a été appelé Les impromptus de Vincennes, puisque Michel Foucault, justement, l’avait invité à faire une série de conférences à Vincennes dans le brouhaha et le chahut généralisés, il a dit aux étudiants que ce qui les menaçait c’était le retour d’une autorité bien plus ferme, plus vigoureuse et plus sérieuse que celle de la République. Ça ne leur a fait ni chaud ni froid d’ailleurs.

Pourquoi le retour de l’autorité ? Mais vous voyez, je n’évoque 68 que pour souligner les paradoxes qui ne cessent d’habiter la question que j’aborde avec vous : l’autorité pour que justement l’objet petit a par un redressement de l’ordre moral policier et politique, que cet objet petit a, faute de l’instance paternelle susceptible dans des foyers de veiller à sa juste, sa sensée évacuation, qu’une autre autorité que celle de la République, dans ces moments-là, serait susceptible de commander un amour sincère.

Je voudrais revenir sur ce que j’ai souligné au départ, c’est-à-dire que de l’autorité nous n’avons pas la théorie. Ce n’est pas une assertion qui s’arrête là. Elle n’est validée que par un point qui peut paraître essentiel, c’est qu’on n’en a pas la théorie, on n’a pas le concept parce que ce truc qui est au principe de l’autorité n’est pas écrit, n’est pas supporté par une écriture. C’est nous qui l’écrivons à l’occasion des diverses déclinaisons que nous donnons à l’autorité économique, politique, théologique, ou tout ce que vous voudrez, voire paternelle, voire celle de l’instance phallique, c’est nous qui là, la conceptualisons. Mais cette conceptualisation n’est que l’accident d’un truc, dont nous ne savons pas jusqu’à ce moment précis, c’est-à-dire 9h50, nous ne savons pas ce que c’est. Et c’est parce que ça n’est pas écrit que ça ne peut être théorisé.

Pour vous permettre d’avancer très rapidement et brièvement sur cette question nous pouvons faire intervenir ce qu’illustre ce que déjà j’évoquais avec l’effet de castration, de perte de l’objet opéré par le langage, c’est-à-dire de chute d’un objet que le drame familial va inscrire comme chute de l’objet cause du désir, et qu’ainsi s’ouvre dans le langage cet espace que banalement, et très gentiment, comme tout le monde, on va appeler, en respectant ce qui prend d’autres allures dans la topologie, ce qu’on va appeler le trou, un trou, un espace. Avec donc la surprise, oh quelle surprise ! que ce qui va faire autorité, c’est ce que ce trou expulse, c’est ce qui va passer par ce trou pour nous, faire office d’autorité impérative. Et ce qui passe par ce trou comporte deux dimensions qui vont vous surprendre, je l’espère. Moi en tout cas ça continue de me surprendre. La première s’appelle la voix, vox, la voix. Il y a quelque chose de bizarre que nous ne percevrons pas mais qui est présent, c’est que pour chacun d’entre nous la voix est toujours une. Quand elle est plurielle ça devint très embêtant. Chacun d’entre nous a un rapport à la voix comme une, et la voix est toujours impérative, injonctive. Et ce n’est donc aucunement l’effet du simple hasard si en ce qui nous concerne nous relevons d’une religion révélée. Après tout le dieu que nous célébrons dans notre culture, c’est un dieu dont la manifestation est exclusivement vocale. C’est le fondement de son autorité. Il n’a pas dit n’importe quoi ! Mais en tout cas, s’il y a un effet d’autorité, l’instrument, ce qui va faire sceptre, c’est la voix.

Je ne vais pas épiloguer à ce sujet pour passer tout de suite au second élément qui se trouve expulsé par ce trou. Et, là encore, je dois dire c’est au mérite de la psychanalyse telle que Lacan l’a écrite, que cet élément se trouve isolé – Freud n’en a pas tenu spécifiquement compte, bien qu’il s’y réfère constamment dans l’analyse des rêves et des symptômes – ce second élément qui va se trouver expulsé par ce trou, c’est la lettre. La lettre, l’écrit, ce dont nous avons donc le témoignage dans les manifestations de l’inconscient sous les formes diverses que vous connaissez : lapsus, mot esprit, jeu de mots, etc.

Et comme j’imagine, les hésitations qui peuvent légitimement vous habiter à ce sujet, je voudrais vous en donner une illustration qui je crois a ses vertus. C’est que si la religion qui vient de notre culture est donc une religion révélée, la troisième des grandes religions est fondée par l’écriture, elle est fondée par la lettre. Et ce n’est évidemment pas un hasard si la calligraphie est un art oriental, le culte de la lettre. Et cette opposition sur laquelle je vous propose de réfléchir a des incidences tout à fait étranges. Parce que si la soutenance orale, par l’oralité, de l’injonction suppose donc dans l’Autre ce trou que j’évoquais il y a un instant, en revanche, l’usage de la lettre convient à une chaîne continue et qui, elle, ne se trouve plus marquée, construite par cet espace réservé, dont la définition est que cet espace échappe à la maîtrise du signifiant que cet espace commande. Cet espace échappe, si cet espace confère au signifiant la maîtrise que nous lui connaissons, à laquelle il est délégué, mais cet espace lui-même échappe évidemment à la maîtrise de ce signifiant. Autrement dit, le pouvoir de ce signifiant est limité par l’instance même qui origine son pouvoir, qui lui donne son pouvoir. Alors que la lettre impose son pouvoir sans référence à quelque lieu qui l’autoriserait, la lettre ne tient son pouvoir que d’elle-même.

Avec une dernière incidence qui, si vous avez encore un peu d’attention, peut être soulignée, c’est que du fait même que la parole est portée par cet espace qui échappe à son pouvoir - nous ne sommes pasdes gnostiques, on ne prétend pas saisir le pouvoir de Dieu - la parole est porteuse d’un sens qui est toujours énigmatique, y compris les injonctions d’ailleurs. L’obsessionnel est bien placé pour le savoir : il reçoit des injonctions, mais qu’est-ce que ça veut dire ? C’est de l’injonction ! Mais le sens ?

Alors que le jeu de l’écrit est essentiellement différent, puisque c’est à chaque fois la manipulation de la lettre qui confère au signifiant un sens positivé. De telle sorte que c’est la lettre elle-même qui par ce pouvoir inattendu va être investie comme étant l’objet que le mot, que le signifiant a tenté de représenter. Et voilà que c’est la lettre qui va donc être par la donation de sens qu’elle opère, qui va devenir l’objet investi par le désir.

Je termine donc par cette conclusion qui peut vous sembler un petit peu fatigante après l’effort que vous avez bien voulu faire. Je ne m’exprime peut-être pas avec toute la clarté qui serait nécessaire, mais nous sommes là au niveau d’incidences qui par leurs pouvoirs nous débordent, nous nous sentons des apprentis maladroits face à ce que nous touchons à cette occasion. Mais cependant, il est bon de s’en approcher avec un peu de hardiesse comme je le fais ce soir, et quitte à ce que nous ayons l’occasion de le reprendre, afin finalement de pouvoir mieux conclure sur ceci : c’est que ce serait sans doute un progrès, ce qu’on pourrait appeler un progrès, si notre rapport à l’autorité se trouvait enfin soulagé de ce que Kant appelle Schwärmerei, la futilité des passions, les rêveries, le n’importe quoi, et pour que nous puissions avoir vis-à-vis de l’autorité - il ne s’agit pas d’une réconciliation, ce n’est pas de ça dont il est question – mais d’avoir vis-à-vis de ce qui nous fait tous marcher, plutôt boiter que marcher, et mal boiter. On peut bien boiter et on peut déboiter bien que nous soyons moins manchots à l’égard de ce qui est aussi déterminant. Il semblerait que d’après ces quelques informations que je viens de rappeler pour nous, cette approche mérite d’être suivie, poursuivie et développée.

Et avouons quand même que ce serait très amusant, qu’avec un jeu d’éléments simples, accessibles à tous, qu’on puisse ainsi être vis-à-vis de ce qui pour chacun de nous fait autorité, c’est-à-dire nous meut, « meuh », eh bien que vis à vis de ce qui nous « meuh », que nous soyons moins… alors là je mets des points de suspension, vous écrirez ce que vous voudrez, si on était moins « meuh », ce serait intéressant.

Est-ce que vous avez par hasard une question ?

Intervenant – Bonjour. Vous dites que les lois ne sont pas écrites, et moi je pense aux tables de la loi, ne sont-elles pas écrites, même si elles ont été détruites ?

Ch. Melman – D’accord. Et pourquoi elles ont été détruites déjà ? Je ne me souviens plus…

Marc Darmon – Le veau d’or

Intervenante – L’adoration du veau d’or

Ch. Melman – C’est le veau, hein, c’est le « meuh « (rires). Quand il a vu le « meuh » en arrivant, il s’est dit : allez hop ! Voilà. Mais avouez quand même que même si on les reconstitue sur un texte qui fait combien de milliers de pages, ce qui est inscrit sur ces tables c’est petit petit, le reste c’est un commentaire, commentaire pour démontrer qu’elles sont inapplicables bien sûr, comme on le sait. Parce qu’il faut quand même qu’il y ait de l’écrit au départ. C’est ce que j’essaie d’illustrer avec ce qui fait autorité, il faut qu’il y ait de l’écrit. Et ceci étant, une fois qu’il y a de l’écrit, eh bien après vous avez des conséquences. Qu’est-ce qu’on va dire ? Qu’elles sont heureuses ? Hein, on va dire ça ? En tout cas il y a des conséquences après. Sur cette question du rapport à l’écrit, on est encore très faible et très peu avancé.

M. Darmon – Oui, j’ai été aussi intéressé sur ce que vous avez dit sur le complexe d’Œdipe, et si j’entends bien, c’est le complexe d’Œdipe qui sexualiserait l’objet, c’est-à-dire…

Ch. Melman – Ce n’est pas le complexe qui le sexualise, c’est le père qui, à cause du terrain familial, c’est-à-dire la privation réelle qu’il exerce, qui en quelque sorte écrit le roman de ce que va être l’Œdipe, le complexe d’Œdipe

M. Darmon – Oui alors, il y a ce que dit Lacan dans les dernières années sur la fonction paternelle, il appelait ça la père-version (en deux mots). Donc, disait-il, c’est de prendre une femme pour objet petit a, et que la femme, après, ses objets petits a c’était ses enfants. Donc il y a cette perversion qui préfigure un peu ce qu’on voit actuellement, c’est-à-dire une dénonciation du père comme pervers

Ch. Melman – Oui. Non il ne s’agit pas d’écologie, ne confondez pas (rires). Mais oui bien sûr ! Mais oui, puisque si ce qui fonde je dirais - enfin là on s’engage - mais la perversion, c’est l’élection d’un objet comme étant le vrai pour servir la jouissance. Et il est évident que le père fonctionne de cette manière en désignant la femme comme étant le juste objet pour servir la jouissance, c’est-à-dire la femme à la place de l’objet petit a. C’est ce que vous disiez. Donc oui, c’est clair. Et ça aussi, ça ouvrirait tout le chapitre de cet espèce de refus de se trouver en position d’objet, alors que c’est à la fois l’indignité et en même temps la dignité suprême. Si on accepte de voir de quelle manière à ce niveau dignité et indignité se confondent : c’est aussi bien le déchet que le diamant. Donc c’est étrange cette espèce de défense : « Alors vous n’allez pas me prendre pour un objet ! – Ah bon ? Alors comme quoi ? – Vous allez me prendre pour un humain. D’accord, mais c’est quoi un être humain ? »

Intervenant – Ça a des droits un être humain

Ch. Melman – Un être humain a des droits ?

J’allais dire : je ne vous le faite pas dire ! (rires). Mais un être humain c’est quelqu’un qui a des droits. Oui c’est intéressant ! Vous êtes juriste ?

Intervenante – J’avais une question sur : est-ce qu’il ne serait pas intéressant… je ne pourrai pas le faire moi-même …mais d’essayer d’articuler cette question de l’autorité avec celle de la volonté ? Surtout aussi dans votre conclusion, est-ce que finalement la lettre laisse une place aussi grande à la volonté que la voix peut en laisser puisque la voix disparaît ?

Ch. Melman – Vous avez raison

Intervenante – Et on peut faire le lien aussi avec Œdipe éventuellement, Œdipe ayant commis cet acte involontairement aussi, puisque n’ayant pas la connaissance au départ. Et on pourrait aussi peut-être relier cette question à un niveau encore plus ancien sur la conception de la volonté dans l’acte. Est-ce que c’est l’auteur de l’acte, c’est la volonté chez l’auteur de l’acte qui crée l’action ou pas ? Et donc on pourrait peut-être aussi, si on dit que non, peut-être rejoindre un peu plus la piste de la lettre, versus celle de la voix.

Ch. Melman – Je pense comme vous qu’il faut saluer la présence et l’existence de la volonté tout en se donnant la liberté d’interroger ce qui la… ce qui la « meuh » (rires). Je crois qu’il faut s’interroger à chaque fois sur ce qui meut la volonté, oui. Autrement dit, bien sûr la volonté est très bien, mais également ce serait trop facile de dire qu’elle n’est jamais libre.

Intervenant des régions – Pourquoi certains animateurs de mai 68 sont-ils passés d’une critique de l’autorité à une positon d’autorité ?

Ch. Melman – Pourquoi ils sont passés à une position d’autorité ? Parce que c’est toujours comme ça. Je veux dire un révolutionnaire finit toujours par être plus autoritaire que ceux qu’il a combattus

Intervenante – Ça m’a bien plu quand vous avez dit : la fille, la femme elle n’y est pour rien. Et justement, est-ce que ça renvoie à ce que dit Lacan quand il dit que La femme n’existe pas, ou bien à ce sentiment que j’ai, qu’il n’y a définitivement pas de place pour les femmes ?

Bernard Vandermersch – Elle est en place d’exception

Intervenante – Oui, mais justement, est-ce qu’elle peut exister de ce fait socialement en tant que femme ?

Ch. Melman – La femme n’existe pas, ça veut dire que très précisément il n’y a pas d’écriture qui nous permette de dire : tiens voilà, ça c’est l’écriture qui supporte la féminité. Et c’est pourquoi elles écrivent beaucoup, elles aiment bien écrire. Donc c’est ça qui est à l’œuvre.

Maintenant vous dites que les femmes sont à l’écart… Je vais vous dire des bêtises (rires). Vous savez, souvent ce sont les quarts que l’on prend pour moitiés quand même. Bon ! Donc voilà !

Maintenant quant au truc socialement, alors là c’est une autre affaire. Simplement moi j’ai déjà eu l’occasion de l’évoquer depuis longtemps : les femmes on les met à chaque fois à la place que l’on juge… vous voulez que je vous dise ? …à la place la plus économiquement rentable. Donc le jour où on estimera qu’elles ne sont plus rentables, que c’est mieux pour l’économie qu’elles restent à la maison, elles resteront à la maison, point barre. Maintenant si elles peuvent être productives et contribuer à l’enrichissement général, allez hop, au boulot ! et elles y sont d’ailleurs.

Elles étaient au départ, pardonnez-moi, religieuses. Je veux dire que dans la Cité, il y avait un espace réservé qui était la maison et qui était le lieu de la femme. Alors l’homme il allait palabrer, il allait sur l’agora faire des beaux discours, voilà ; et puis la femme, pendant ce temps-là, tenait les clés de la maison, elle entretenait l’âtre, l’esprit des ancêtres était maintenu et célébré, elle élevait les enfants. Et c’était l’équivalent d’un enclos sacré dans la Cité. Et donc évidemment l’histoire n’a pas retenu principalement leur rôle, elle a préféré les discours, les palabres, etc. Mais son rôle a toujours été considérable en réalité, même s’il ne leur était rendu l’hommage qu’elle pouvait espérer.

Intervenant – J’ai une question par rapport à la cure et au travail de l’analysant entre la voix, l’écrit et la parole. Pour moi, le travail de l’analysant c’est un travail de la parole, de même que le séminaire de Lacan était un séminaire de la parole, et d’ailleurs pas vraiment un travail d’écrit. Les écrits sont connus et limités si je puis dire. Donc j’avoue que cette question de l’écrit par rapport au travail de l’analysant, alors qu’il n’y a comme organe de la psychanalyse que la voix, qu’est-ce qu’on a à en dire ?

Ch. Melman – Eh bien justement on n’en dit rien. On n’en dit rien parce que… sauf qu’il y a parfois des comptes rendus de cas, etc., et où il s’agit justement de déterminer dans ce qui était écrit pour tel ou tel patient, ce qui a pu s’avérer, de quelle manière ça s’est avéré déterminant, ou ce qui n’était pas écrit et qui a pu s’avérer déterminant.

Mais puisque vous posez cette question très légitime, il y a cette distribution singulière de l’enseignement de Lacan entre son séminaire oral et la publication régulière annuelle, enfin liée chaque fois à chaque séminaire d’un écrit, et d’un écrit qu’il ne fallait pas prendre comme étant le condensé, le digest de ce qu’il avait évoqué dans son séminaire. Et justement, je crois qu’il serait fort intéressant de reprendre ce qui s’est déposé de son séminaire oral, s’est déposé comme écrit, ou bien témoignait du caractère précédant de l’écrit par rapport à cet oral. Il y a là une balance, il y a là un jeu qu’il serait, si vous vous intéressez à la question, que vous pourriez reprendre donc dans ce qui est à la fois la similitude, mais en même temps la différence radicale entre cet article écrit, annuel, et puis le séminaire oral.

Voilà. Eh bien maintenant bonne soirée.

 

Charles Melman