Édito Charles Melman : Turpitudes et castagnettes

Freud diagnostiquait le malaise dans la culture : l'excès des restrictions portées sur la jouissance sexuelle. Il serait sans doute surpris de voir aujourd'hui le malaise se confondre avec l'excès des libertés qui lui sont laissées.

Une étrange polyphonie se met en effet en place qui, du veganisme au féminisme en passant par l'écologie trouve à s'accorder sur l'exigence d'une restriction de jouissance, dont bien sûr, la sexuelle.

La campagne actuelle de dénonciation de ses turpitudes passées fait partie de ce mouvement démocratique engagé pour réaliser une moralisation de la vie publique. Au nom de celles ou ceux qui furent les victimes de la violence érotique et du silence convenu à son égard.

Il serait inutile et mal reçu de faire remarquer que les mythes de nos origines inscrivent la vie du couple sous le signe de la faute et que l'on serait en peine de légiférer sur les règles de la conduite sexuelle. En revanche cette aspiration au rétablissement de ce que le discours appelle « castration » est impressionnante et qu'elle soit devenue l'objet d'actions collectives fascine.

Le problème est que cette revendication (!) ne peut aboutir à ressusciter l'instance paternelle que le progrès scientifique a dévaluée, aboutissant au mieux à une interdiction légale sèche sans offrir à la jouissance l'outrepassement que le père recommandait. La figure qui se lève à l'horizon est ainsi celle d'une Mère vierge toute-puissante, il faudra aimer et apprendre à jouer des castagnettes.