Édito de Charles Melman : La France terrassée

Il peut paraître étrange que la réoccupation des terrasses puisse passer pour une victoire nationale. On ne savait pas que le sitting sur un bout de trottoir constituait ainsi un acquis social essentiel. Et qu’allons-nous inventer pour essayer d’en rendre compte ?

Admettons qu’il s’agit d’un lieu de stase, partagé avec autrui connu ou inconnu, pour montrer un plaisir égal dans la station qui ponctue par étape le flux incessant de la circulation, une thrombose périodique en quelque sorte mais salutaire, voire nécessaire comme pour le métro.

S’agirait-il alors, comme pour la parole, de célébrer le lieu où le sujet trouve à se poser pour participer à son flux ? Dans notre cas l’avantage serait que le lieu est collectif et en vient à représenter la parole abstraite quels que soient la nationalité, la langue, le sexe, l’âge, etc de l’usager. Bref la terrasse n’est ni sexiste, raciste, nationaliste, etc et représenterait aujourd’hui l’unique espace, devant un verre, d’une réconciliation joyeuse d’être possible.

Si c’est le cas, je m’arrête pour sortir prendre un verre.

Charles Melman
23/05/2021