Jean-Louis Chassaing : « Clinique contemporaine »

Conférencier: 

EPhEP, MTh2-ES7-2, Le 04/02/2019

Je vais faire cet exposé en 3 parties…

J’avais présenté un peu les choses la première fois, avec pour premier point la question des demandes aujourd’hui, avec les notions de l’adresse, de l’efficacité immédiate, rapidement la question de l’argent, des entretiens préliminaires, puis j’avais parlé un peu du travail, mais Thierry Florentin vous en parlera un peu plus précisément.

Donc c’était le premier point. Le deuxième point qui me semble très important et fondamental, c’est qu’aujourd’hui les outils d’appréciation, les outils si l’on peut dire pour employer un mot contemporain « d’évaluation », les outils ont changé et même les outils diagnostic. Donc j’avais parlé d’un certain nombre de choses y compris les DSM et leurs suites, et puis j’avais évoqué les changements contextuels, c’est ce que je vais reprendre là dans cette 2e partie. La montée au créneau des associations, associations de patients, associations de familles, etc. et pour rester sur cette question et je reprends là aujourd’hui, cette question de la déspécification qui est assez surprenante dans la mesure où elle est accompagnée d’hyperspécialités, par exemple dans la psychiatrie il y a des gens qui sont spécialisés dans l’autisme d’autres qui se sont spécialisés dans les troubles du sommeil, etc. voilà.

C’est donc découpé en tranches mais quand je parle de déspécification, c’est d’une part des professions, j’avais parlé de différentes choses où quasiment tout le monde peut tout faire… mais aussi, plus cliniquement, est-ce que, aujourd’hui, on s’appuie encore sur la question du symptôme ?…

Cela me semble d’autant plus important que la plupart des gens ont des difficultés à parler de leur demande, à savoir ce qu’ils demandent. Ils « vont mal » mais cela ne spécifie pas, ça n’identifie pas un symptôme et si vous n’identifiez pas un symptôme, vous ne savez pas trop sur quoi vous travaillez. Si l’on vient vous demander par exemple : « Je voudrais que vous m’aidiez ! ». Moi je ne sais pas, je n’ai pas fait médecine et psychiatrie pour aider, peut-être si ça peut aider les gens tant mieux, mais aider à quoi ? Je suis là en tant que soignant et c’est important de re-spécifier un peu ma profession par rapport à des demandes qui sont très floues.

Par exemple j’écoutais des jeunes qui parlaient du grand débat politique. Il était dit qu’il y avait assez peu de « jeunes » qui participaient au grand débat. Ils ont donc interrogé un certain nombre de jeunes ; on leur a demandé : « C’est quoi les jeunes ? ». Pour eux, c’étaient des 18/29 ans. Alors je suis désolé il y en a peut-être ici qui ont dépassé cet âge… Je ne veux pas savoir ! Et donc leur demande était assez curieuse parce qu’ils disaient que pour que les jeunes participent plus au grand débat « il faudrait qu’il y ait d’autres jeunes mais qui ont l’expérience ». Il faudrait qu’il y ait des jeunes qui ont l’expérience et qui viennent dans les écoles, y compris les écoles supérieures, qu’ils viennent dans les écoles, alors j’imagine qu’il était question qu’ils viennent parler de politique, donc pour que ces jeunes des écoles puissent s’identifier à ceux, autres jeunes mais qui ont de l’expérience, qui viendraient discuter avec eux de politique. Donc il faudrait qu’il y ait des jeunes qui ont de l’expérience. C’est un peu antinomique mais enfin pourquoi pas ! Qui aillent dans les écoles c’est-à-dire qu’il faut aller à eux, eux des écoles, ce ne sont plus eux qui viennent, la question de la demande, il faut aller à eux, ce qui me fait penser aux questions actuelles de toxicomanie et d’addiction. C’est vrai que l’on voit assez rarement des toxicomanes venir demander une psychanalyse et que cela a été par d’autres biais et notamment des biais institutionnels qu’il y a pu avoir des contacts avec eux…

Mais pour que l’on puisse « s’identifier à eux », alors c’est un terme qui effectivement est intéressant pour des analystes qu’est-ce que ça veut dire s’identifier à ? Et notamment de quelle identification s’agit-il ? Donc je vous parle d’un article de Charles Melman : « Les 4 composantes de l’identité », où il commence par dire qu’effectivement pour pouvoir parler ensemble il faut que nous partagions une certaine identité… Même si l’on est de communautés différentes mais il faut que l’on ait l’impression quand même d’être dans une certaine communauté… Et c’est une certaine forme de communauté qui peut permettre de s’identifier ; cette communauté-là va s’imposer à moi, c’est-à-dire qu’il s’agit de partager la forme commune. Par exemple ici voilà il faut qu’on partage ce que sont des cours de psychopathologie et de psychanalyse. Il y a ce que vous attendez, il y a ce que moi je vais dire, il y a des différences entre ce que vous attendez et ce que moi je vais dire, etc., mais on est quand même soumis au moins à cette règle-là d’être ici, de partager cette forme commune, au moins une forme implicite…

Ce qui peut donner une certaine dimension notamment une dimension paranoïaque, c’est-à-dire de se sentir un peu lésé dans le fait de ne plus être soi-même mais de participer à une communauté qui s’impose à nous. Il y a donc cette première identification qui est une identification imaginaire de l’identité, c’est-à-dire que voilà on s’identifie à la forme, pas forcément la forme de l’autre mais une forme, une certaine forme commune. Et Melman poursuit en disant que de toute manière il y a toujours une certaine asymétrie dans cette identification imaginaire et cette asymétrie c’est-à-dire de quel côté est-ce qu’il faut pencher, du côté de la forme ou du côté de ce que moi j’en pense ? Il y a donc une certaine asymétrie qui entraîne systématiquement une certaine rivalité et une compétition dans le fait de savoir de quel côté se situe l’idéal…

C’est aussi ce qui peut gêner l’hystérique, qui vient le plus souvent comme ça justement se plaindre de vivre cette espèce de plasticité. Oui moi je veux bien appartenir à cette communauté mais enfin bon ce n’est quand même pas tout à fait moi il y a des choses qui ne vont pas… Et puis donc il y a une autre identification qui est là l’identification à des traits, qui est l’identification symbolique. Donc la première est imaginaire, elle est à la forme, on pourrait dire à l’image. Il y a une 2e identification qui est l’identification symbolique, l’identification à des traits, des traits symboliques qui font partie de notre propre histoire, c’est-à-dire qu’ils vont donner un certain axe, une constance, une consistance, une permanence, une solidité qui sont les éléments de notre histoire personnelle…

C’est la référence à la dette symbolique, c’est-à-dire que l’on est en dette à l’égard de ceux qui nous ont précédés et donc on a à s’acquitter de ce qui nous a été livré antérieurement que ce soit bon ou que ce soit mauvais. Je pense qu’une analyse c’est effectivement une manière de se mettre en règle avec sa dette symbolique qui est différente de la dette imaginaire et pour cela il y a un très joli texte de Freud qui est « L’homme aux rats ».

Pour « L’homme aux rats », vous voyez qu’il y a une dette qui serait une dette réelle mais qui est une dette imaginaire puisque finalement il ne doit rien. Mais la dette symbolique c’est tout autre chose. C’est important, je passe là-dessus, mais c’est important dans la clinique car aujourd’hui il semble que cette dette symbolique n’est pas tellement reconnue. On avait fait des colloques là-dessus notamment chez l’adolescent mais il n’y a pas que l’adolescent… qui exige plutôt et vous voyez quand je dis tout à l’heure que il faut aller vers eux, c’est-à-dire que c’est à eux que l’on doit et ce n’est pas seulement les adolescents. C’est une dette inversée, ça, c’est un changement dans notre société c’est-à-dire que plutôt que d’être en règle avec une dette symbolique, c’est la société est en dette.

Bon, bien évidemment cela ne concerne pas que les adolescents et c’est un problème. Par ailleurs c’est aussi une discussion que l’on a eue et que l’on a un peu moins mais que l’on a eue avec des gens qui continuent les études de Marcel Mauss, un anthropologue philosophe qui a étudié le don. Et le don c’est un trépied, Marcel Mauss a fait un trépied du don, ce don qui est quand même à la base des échanges, Lacan a repris ça dans certains de ces séminaires. Pour Mauss le don c’est donner, recevoir et rendre. Jacques Derrida a aussi beaucoup travaillé cette question-là et donc il y a des gens qui ne savent pas donner, il y a des gens qui ne savent pas recevoir, il y a des gens qui ne savent pas rendre. Je suis sûr qu’il y a des gens à qui vous pensez !…

Mais en tout cas dans cette histoire-là, dans ce trépied du don, c’est le don qui met en dette, c’est peut-être pour ça qu’il y a des gens qui ne savent pas recevoir parce que recevoir c’est être en dette… Et donc pour ces gens qui sont les continuateurs de Marcel Mauss la dette est seconde au don. Pour la psychanalyse la dette est première mais on voit bien qu’il ne s’agit pas de la même chose. C’est vrai que le don met en dette mais là ce dont je vous parle, la dette symbolique, c’est celle de sa propre histoire et d’ailleurs il ne faut pas trop que j’aille du côté de la clinique, vous l’entendez déjà avec d’autres personnes et vous l’entendrez après, mais les quelques personnes par exemple du Maghreb qui ont pu demander courageusement une analyse ou même pas forcément du Maghreb mais par exemple des gens de nationalité portugaise qui viennent comme ça, qui demandent une analyse. Quelques personnes du Maghreb, et d’autres par exemple du Portugal qui sont venues en analyse ont présenté d’emblée une espèce de réticence à parler de leur pays d’origine, de leur langue d’origine, de leur famille d’origine. Elles ont une certaine honte même parfois. Ce n’est pas qu’elles refusent mais elles ne voient pas la nécessité, parfois elles la refusent carrément, elles refusent de parler de ça et j’ai pu remarquer que au bout d’un certain temps même parfois qui peut être long, par exemple pour des personnes de nationalités du Maghreb ou portugaise, lorsque, ce n’est pas général mais c’est très souvent, mais lorsqu’elles arrivent à parler d’une manière apaisée de leurs origines, par exemple que le Portugal à un moment donné a été un immense empire notamment maritime, ça ne les intéresse pas au départ : « Non, non, non les « Portos » nous, on est ici en Europe, on est en France et on est mal vu ce n’est pas la même culture, etc. ».

Au bout d’un certain temps quand ces choses imaginaires ou réelles ont été abrasées, parler de l’histoire de leur pays ou de leur famille ça amène, c’est-à-dire se mettre en règle avec la dette symbolique, ça amène tout de suite un certain apaisement et c’est là un basculement à mon avis de la psychanalyse… Donc identification imaginaire, identification symbolique…

La 3e identification dont parle Melman, sur laquelle je passerai rapidement mais qui est l’identification à son propre désir… Ça, c’est par exemple lorsqu’il y a des lapsus, des actes manqués, donc il y a quelque chose là ou des symptômes, il y a quelque chose là mais le symptôme est particulier. Il y a quelque chose-là qui vient témoigner d’un désir, le désir de quelque chose qui demande à être dit, à être agi ou à être verbalisé… Donc des formations de l’inconscient qui sont significatives d’un désir insu de soi-même. C’est ça l’inconscient…

Et la dernière identification dont parle Melman c’est une identification qui est très forte et qui est l’identification à son symptôme… Vous savez que Lacan dans son évolution comme ça de ses théorisations est passé de la question du symptôme au « sinthome ». Les médecins disent c’est encore du Lacan, c’est un clown, c’est un rigolo. Sinthome c’était l’écriture originelle du symptôme : le sinthome. Lacan reprend l’histoire de ce mot et donc l’identification du symptôme, au symptôme est une identification qui est très forte au point que, c’est ce qui fait le malheur des médecins, au point que des gens peuvent demander de venir guérir mais tiennent particulièrement à leur symptôme. Et ça c’est très clinique, ça se voit très fréquemment…

Donc quand ces jeunes disent : « Il faut qu’il y ait d’autres jeunes mais qu’ils aient de l’expérience, surtout pas des vieux ! »

D’autres jeunes qui aient de l’expérience qui viennent dans les écoles de façon à ce que l’on puisse s’identifier à eux, il est possible que ce soit des identifications à des traits de ces personnes-là et en général c’est bien plutôt une identification qui est la marque de la contemporanéité et qui est l’identification imaginaire, donc l’identification à la forme, à la mode, à l’image beaucoup plus qu’aux traits personnels… Mais les trois sont nouées…

Dans ces outils qui ont changé, je ne ferai que vous lancer comme ça les questions cliniques, c’est-à-dire justement la prégnance du corps… L’importance du narcissisme mais encore faut-il reprendre ce que Freud appelait narcissisme, ce n’est pas tout simplement comme ça le fait de se regarder dans le miroir bien qu’il y ait de cela mais c’est beaucoup plus compliqué que ça. La prégnance bien sûr de l’image… Avec le problème du regard… Et cela fait partie même je dirai assez souvent du développement à l’adolescence parfois même après, il y a des gens, des personnes, des adolescents qui ne savent pas quoi faire du regard.

« Le regard ça me gêne, dans la rue les gens me regardent, ça me gêne ! »

Qu’est-ce que c’est que cette question du regard, c’est une question de tout temps mais qui est très actuelle… C’est-à-dire cette érotisation du regard qui provoque une certaine gêne chez beaucoup de personnes…

Question contemporaine, je pense que l’on vous en parlera : les écrans… Les écrans d’ailleurs dans le double sens du terme c’est-à-dire ce qui est projeté sur les écrans, mais cela fait écran. Il y avait comme ça des jeunes qui passaient des examens et qui sur les ordinateurs allaient demander à d’autres jeunes plus âgés, qui étaient dans les universités, de résoudre leurs problèmes. C’était gratuit et on leur demandait : « Pourquoi, qu’est-ce qui vous intéresse autant dans ce système ? »

Les réponses : « C’est rapide, ça passe par l’ordinateur c’est rapide, c’est gratuit ! »

Et la 3e réponse qui est surprenante : « Et puis ils (les correcteurs) ne nous voient pas ! »

Voilà, caché ! « Ils ne nous voient pas », c’est surprenant ! Plusieurs jeunes adolescents disaient cela comme si voir son correcteur c’était quelque chose de dramatique, la question du regard ! Ils ne nous voient pas, pas vu pas pris !…

Donc, il y a aussi dans cette contemporanéité une certaine instabilité, une précarité, maintenant chose courante… Et dans cette instabilité moi je remarque beaucoup dans les films ou dans des annonces, dans des publicités qu’elles soient à la télévision ou qu’elle soit au cinéma, je crois que je l’avais évoqué la dernière fois, ça bouge tout le temps ! Voilà il faut bouger ! Vous regardez ces publicités c’est vraiment frappant, assourdissant, si vous ne bougez pas, vous n’êtes pas vivants. Ce qui est d’ailleurs assez surprenant dans ce rapport qu’il peut y avoir à la mort. Ne pas bouger ça serait être mort… Ne pas s’amuser, ne pas vivre ! C’est aussi surprenant dans la mesure où l’on traite les enfants « hyperkinétiques ». On leur montre des images où il faut toujours bouger mais par contre les enfants ils sont hyperkinétiques…

Un autre point aussi est l’abrasion de la différence sexuelle… Et donc la jouissance sexuelle qui est marquée au même rang que toutes les autres jouissances. Ça, on vous en parlera souvent… Je cite une expérience, une anecdote personnelle, pas une expérience il ne faut pas exagérer. Une anecdote personnelle. J’allais choisir une chemise. Il y en avait une noire, une blanche et j’ai acheté la noire. Je vais voir la vendeuse qui était une jolie petite jeune fille et qui me dit : « Vous savez vous avez la même mais en blanc ! »

Donc du style d’acheter les 2 et je lui dis : « Oui j’ai vu la blanche mais je trouve que ça fait trop féminin ! »

Et elle a pouffé de rire en me disant : « Écoutez ça ne se fait plus, ça ne se dit plus ! »

J’étais déjà un vieux c.. !… Là il y avait les hommes et les femmes d’un côté, enfin c’est scandaleux quand même pour cette jeune fille ; démodé ! Voilà donc cette espèce d’abrasion comme ça de la différence sexuelle qui est peut-être d’apparence mais pas seulement. Je ne sais pas, je crois que c’est quelque chose à étudier, mode, pas mode ? En tout cas on voit bien au cours des consultations, dès les premiers entretiens qu’il y a un certain nombre de gens qui ne savent pas de quel côté balancer, voire même qui disent qu’il n’y a pas à balancer d’un côté mais qui ne sont pas forcément plus joyeux pour cela…

Et puis alors dans le contemporain, c’est tout autre chose, mais j’entendais des collègues des accueils urgence récemment, qui souffrent beaucoup et qui disaient que les choses avaient changé aujourd’hui. Aux accueils urgence il y avait de plus en plus de personnes de plus de 85 ans, ce n’est pas forcément aux accueils urgence qu’ils doivent aller. Mais quand ils ont des problèmes, du fait que l’on prolonge la vie, les accueils urgence sont aussi débordés de cela. Egalement, 15 % des consultations aux accueils urgence c’est de la psychiatrie. 15 % ! C’est de la psychiatrie ! C’est-à-dire qu’il y avait une augmentation et des personnes de plus de 85 ans avec tous les problèmes médicaux qu’il peut y avoir et aussi une augmentation des problèmes psychiatriques. Pourquoi ? Là il faudrait voir aussi la question des services de psychiatrie, des urgences de psychiatrie, etc., mais je pense qu’à l’heure actuelle et à l’avenir c’est effectivement un problème !…

Depuis des années, peut-être même 20 ans, il y a entre 800 et 1 200 postes de praticiens hospitaliers de psychiatres qui sont vacants dans les hôpitaux psychiatriques en France… Entre 800 et 1 200 depuis quasiment 20 ans. Oui vous aviez une question…

La Salle : oui bonsoir, c’est juste à titre indicatif. Vous dites 15 % de cas psychiatriques aux urgences actuellement et c’était combien de pour cent avant… Pour pouvoir comparer ?

Je ne sais pas, mais en tout cas ce sont les médecins urgentistes que j’ai écoutés la semaine dernière, qui se plaignent, qui font souvent grève parce qu’ils sont absolument débordés et donc ce sont les deux exemples qu’ils donnaient, ils n’ont pas donné plus amples détails mais ils les ont, ils parlaient d’une augmentation et pour eux, 15 % de patients psychiatriques aux accueils urgence c’était manifestement beaucoup par rapport à avant mais je n’ai pas de chiffre avant. Mais je ne veux pas développer cela, j’ai discuté il n’y a pas longtemps avec des collègues, des collègues qui travaillent dans un hôpital psychiatrique qui me disait qu’il y a 7 praticiens qui ces derniers temps ont quitté l’hôpital. 7 praticiens, 7 psychiatres de l’hôpital qui partent ! Pourquoi ? Il y en a déjà beaucoup… On garde moins longtemps les patients. Si vous gardez des patients longtemps c’est que vous n’êtes pas bon. Sur le plan de l’administration puisque c’est cela qui compte, il faut garder le moins longtemps possible. Moi j’ai quitté le CHU parce que ça ne me plaisait plus et puis je voulais faire autre chose mais au moment où j’ai quitté le CHU, il y avait presque de la compétition entre les services pour savoir qui gardait le moins longtemps les patients parce qu’il y avait à ce moment-là une espèce de prestige et notamment avec de l’argent à la clé pour s’occuper d’un service. Il y aurait beaucoup à dire sur la santé mentale…

Et puis peut-être aussi y a-t-il de plus en plus de patients psychiatriques qui errent. On les voit, il y a des lieux particuliers pour ça. Ils se regroupent et parmi toutes ces errances, il est évident au premier coup d’œil qu’il y a des pathologies psychiatriques qui ne sont pas « saisies », et puis sans doute ne veulent-ils pas être catalogués et soignés, mais à l’occasion d’alcoolisations massives ou de prises de drogues ils se retrouvent transitoirement aux accueils urgence, ne pas être suivis après parce qu’ils ne veulent pas et parce que ce n’est pas possible ; ils sont comme ça en errance dans les villes ou les campagnes… surtout dans les villes il me semble.

Je voudrais vous parler de deux textes, je vais vous lire des textes et puis bon je ne vais pas les lire comme je voudrais mais tout du moins vous les indiquer. Il y a une conférence qu’a faite Lacan en 1966, 1966 c’était la parution des Écrits et en 1966, il a fait une conférence à la Salpêtrière. Donc il a été reçu par des médecins et après sa conférence il a été extrêmement vivement interpellé. En 1966 Lacan avait 65 ans et cette conférence est pour moi et pour beaucoup de collègues, merveilleuse. Vous pouvez trouver ça, on la trouve dans différents endroits mais si vous trouvez ça à l’association lacanienne, l’ALI (Association lacanienne internationale), c’est un petit livre, un petit livre rouge, « le petit livre rouge », c’est un petit livre rouge qui regroupe les différentes interventions de Lacan à la fin de différents colloques. Alors on les trouve dans Les lettres de l’école freudienne de Paris mais ses interventions ont été regroupées dans ce petit livre-là qui n’est pas très épais mais qui comprend notamment aussi une conférence qui s’appelle la 3e qui est une conférence qu’il a faite à Milan dans laquelle il parle d’un 5e discours – le discours capitaliste, etc. ; donc si vous arrivez à vous procurer ce petit livre, si vous voulez lire Lacan, c’est tout à fait intéressant. Ce livre s’ouvre par « Psychanalyse et médecine », qui est donc une conférence de Lacan, sur laquelle je m’appuie souvent parce que je me suis longtemps occupé des toxicomanies et des toxicomanes, texte sur lequel je me suis appuyé très vite par ce que dans ce texte-là, Lacan parle de la position du médecin et c’est un texte prophétique et il dit déjà à l’époque que le médecin n’est plus dans le contrat hippocratique avec le patient mais que le médecin devient un élément d’une espèce de communauté scientifique où il doit appliquer un certain nombre de règles et un certain nombre de choses. Que ce soient des évaluations statistiques, des utilisations et des usages d’instrumentation et puis il doit ce médecin nouveau travailler avec l’administration. Le médecin devient donc un des éléments d’un système beaucoup plus complexe que le système essentiellement médical… 1966 !

Question : quel est son nom à ce document ?

Il ne s’appelle pas ! Il ne s’appelle pas, enfin si vous le demandez, ce sont les comptes rendus des interventions de Lacan des différents colloques de l’école freudienne de Paris. L’école freudienne de Paris est une école qui avait été fondée par Lacan en rupture avec les anciennes associations psychanalytiques et donc tous les ans, il faisait un colloque sur des thèmes particuliers, à Paris, à La Grande Motte, à Montpellier, en Belgique, etc. Lacan intervenait plus ou moins, il y avait beaucoup de monde qui faisait des comptes rendus et Lacan intervenait sur les différents comptes rendus ou lui-même faisant un compte rendu.

Par exemple voilà ce qu’il dit : « C’est dans la mesure où les exigences sociales sont conditionnées par l’apparition d’un homme servant les conditions d’un monde scientifique, que nanti de pouvoirs nouveaux d’investigations et de recherches, le médecin se trouve affronté à des problèmes nouveaux. Je veux dire que le médecin n’a plus rien de privilégié dans l’ordre de cette équipe de savants diversement spécialisés dans les diverses branches scientifiques et c’est de l’extérieur de sa fonction nommément dans l’organisation industrielle que lui sont fournis des moyens en même temps que les questions pour introduire les mesures de contrôles quantitatifs, les graphiques, les échelles, les données statistiques, etc. »…

Nous avons fait des journées « Réel de la science Réel de la psychanalyse », et un grand scientifique, Jean-Marc Lévy-Leblond, mathématicien et physicien, qui travaillait à Nice « sur » le cyclotron, a bien voulu participer à ces journées. Il racontait il y a déjà longtemps comment le cyclotron à Nice dont il s’occupait produisait des données sans cesse tous les jours, produisait des tas de feuilles mais il n’y avait personne pour les analyser, ils étaient trop peu nombreux. Il y a de cela dans ce que dit Lacan ; il n’y a pas que lui qui le disait, mais enfin c’est quand même prophétique par rapport à la médecine. C’est-à-dire qu’il y a des données scientifiques ou des instruments scientifiques qui modifient la position, qui ont modifié et qui vont modifier encore la position du médecin. Quand je vous parlais de DSM ou de la suite, de l’imagerie médicale cérébrale, c’est pour dire que cela va modifier la position du médecin, notamment dans le sens de l’éthique qui sera nécessaire à ces pratiques…

Ce que disait Lacan, c’est que dans le champ de la médecine, il reprend des termes philosophiques, il parle de l’étendue, il dit la chose suivante:

« Un corps dans la médecine, on oublie qu’un corps, c’est fait pour jouir ! Pour jouir de soi-même. La dimension de la jouissance est complètement exclue de ce que j’ai appelé le rapport épistémo-somatique. »

Cela a des conséquences. Il parle de l’espace planétaire ou trans-planétaire, en 1966, qui pullule de quelque chose qu’il faut bien appeler des voix humaines animant le code qu’elles trouvent en des ondes dont l’entrecroisement nous suggère une tout autre image de l’espace que celles où les tourbillons cartésiens faisaient leurs ménages. C’est-à-dire qu’il parle de l’audiovisuel qui envahit les espaces, en 1966 déjà, et il a une vision c’est le cas de le dire qui est intéressante. Pourquoi ne pas parler aussi du regard qui est maintenant omniprésent sous la forme d’appareils qui voient pour nous au même lieu, soit quelque chose qui n’est pas un œil et qui isole le regard comme présent. C’est à mettre à l’actif de la science et donc il pose cette question :

« En quoi est-ce que cela concerne ce qui existe à savoir nos corps ? Des voix, des regards qui se promènent… »

Ça s’est amplifié depuis !

« C’est bien quelque chose qui vient des corps mais ce sont de curieux prolongements qui au premier aspect même au second et au 3e n’ont que peu de rapports avec ce que j’appelle la dimension de la jouissance. Il est important de la placer comme pôle opposé car là aussi la science… »

Alors là c’est encore plus surprenant, enfin jusqu’à présent ce n’est pas très surprenant sauf qu’en 1966, il parlait déjà des regards et des voix qui n’ont pas d’adresses, qui sont adressés à tout le monde, qui viennent d’où ? Ils n’ont pas d’adresse précise et spécifique, ils se baladent dans les espaces mais il dit :

« Il est important de la placer au pôle opposé car là aussi la science est en train de déverser certains effets qui ne sont pas sans comporter quelques enjeux. Matérialisons-les sous la forme de divers produits qui vont des tranquillisants aux hallucinogènes. »

1966 !

« Cela complique singulièrement le problème de ce que l’on a jusque-là qualifié d’une manière purement policière de toxicomanie. Pour peu qu’un jour nous soyons en possession d’un produit qui nous permette de recueillir des informations sur le monde extérieur, je vois mal comment il pourrait y avoir une contention policière. »

Que doit faire le médecin par rapport à cela ? La seule dimension qui puisse valoir, dit-il, est la dimension éthique qui est celle qui s’étend dans la direction de la jouissance. Donc voilà selon Lacan deux repères pour les médecins : la demande du malade et deuxièmement la jouissance du corps. Placer la jouissance au pôle opposé de ces voix, de ces regards, de ces psychotropes puisqu’il les associe à cela, on peut dire que c’est en train d’être raté… Quand Melman écrit son livre notamment avec Jean-Pierre Lebrun sur La jouissance infinie on est bien dans ce cas. Quand les enfants sont comme ça, complètement captés par l’écran, on ne peut pas dire que la jouissance soit au pôle opposé du regard…

Un patient m’avait consulté, il allait sur des sites pornographiques, c’était quelqu’un qui n’était pas du tout pervers, qui s’est fait prendre puisque l’on est surveillé, des gens qui surveillent les écrans et au-delà des écrans l’ont donc « coincé », attention donc à où vous allez sur vos écrans… Il s’est fait « coincer » comme appartenant à un réseau, ce qui n’était absolument pas le cas. Mais il a été très content d’ailleurs d’être pris parce que ça l’a arrêté ; il me disait : « Je ne comprends pas ! Je ne comprends pas pourquoi j’allais sur des sites pornographiques, vraiment j’étais attiré, je suivais ce qui se passait sur les écrans… »

Alors avec une certaine jouissance, mais il n’était pas, comment dire, il n’était pas innocent. Mais en tout cas, il se laissait guider par le regard. Alors cependant l’on peut regarder autre chose sur les écrans! C’était assez surprenant. Un autre patient, à son travail allait aussi sur des sites comme ça sans être particulièrement un pervers ; il avait de rage, marquant une impuissance, coupé 2 ou 3 fois le cordon de son ordinateur au travail. Voilà c’était radical !… Cordon coupé !

Donc je trouvais intéressant cette histoire-là : déjà en 1966 Lacan plaçait ces voix, ces regards et ses modificateurs de la conscience au pôle opposé de la jouissance. C’est un terme difficile le terme de jouissance. Le terme de jouissance, lorsque Lacan l’a utilisé, c’était dans la même idée que lorsque Freud parlait de l’au-delà du principe de plaisir. C’est-à-dire quelque chose de débridé, une espèce de tension. Par exemple pour les toxicomanes… Quelle est leur jouissance ? Alors on pourrait dire effectivement que c’est le flash ! Et là Melman a eu un coup de génie, non ce n’est pas ça, c’est-à-dire que le flash c’est plutôt le plaisir, c’est plutôt la détumescence, et la jouissance c’est le manque. L’au-delà du principe de plaisir, la tension, c’est le manque. Et Melman disait que le toxicomane ne se faisait pas sa petite cave de haschisch ou d’héroïne, il revendait plutôt et il fallait qu’il coure après le dealer pour justement, pour faire barrage à la jouissance en prenant de la drogue. Ce sont des termes qui sont difficiles et qui sont à restituer dans la discipline psychanalytique. Olievenstein, que j’ai bien connu et qui ne supportait pas la psychanalyse disais : « Ah la jouissance c’est l’orgasme, la jouissance du toxicomane c’est le flash, etc.…»

Non ! Non sur le plan psychanalytique, je trouve que ça tient bien, la jouissance c’est la tension et la prise de produits, c’est faire barrage à la jouissance…

Bon je passe sur un autre texte de Lacan.

Je voulais vous lire, justement puisqu’on est dans des histoires de toxicomanie, des études de Freud. Vous savez que Freud a utilisé de la cocaïne, il n’était pas le seul. Donc il y a toute une histoire, toute une histoire comme ça que l’on a reprise, que j’ai beaucoup travaillé, cette question-là, j’ai sorti un petit livre dans le Journal Français de Psychiatrie sur Freud et la cocaïne. Des textes de Freud ont été repris notamment avec Melman, parus chez Max Milo. Je vous donne le titre, là il y a un titre et c’est un titre tiré de Freud : « Un peu de cocaïne pour me délier la langue »… Donc ça a été publié et Freud a travaillé sur cette question de la cocaïne, enfin il en a pris lui-même, il en a donné à sa fiancée Martha, il en a fait la promotion mais à une époque où peu de gens s’y intéressaient et son biographe Ernest Jones disait la chose suivante, c’était dans les années 1880, avant donc qu’il « découvre » la psychanalyse. A ce moment-là il travaillait sur le microscope, il était neurologue et « la cocaïne », ce travail, lui a permis d’échapper comme ça à ses maîtres, ses maîtres en neurologie. C’était assez courageux d’ailleurs il s’est bien fait critiquer sur ses études là ; son biographe Ernest Jones disait la chose suivante :

« Dans cette histoire de cocaïne, un fait est instructif, elle explique la façon personnelle dont Freud travaillait. Sa grande force et en même temps parfois sa surprenante faiblesse résidait dans le respect tout à fait extraordinaire que lui imposait et que lui inspirait le fait isolé. »

Alors je parlais de Marcel Mauss tout à l’heure ; plus tard Marcel Mauss, lui en sociologie, parlait du fait social total. C’est-à-dire qu’il repérait un fait est à partir de ce fait-là, il travaillait sa théorie. Et Freud lui, c’était le fait isolé.

« Il s’agit certainement là d’une rare qualité, les travailleurs scientifiques laissent souvent passer inaperçue l’observation isolée lorsque celle-ci ne semble pas se rattacher à d’autres faits ou aux connaissances générales. C’est un reproche que l’on ne saurait adresser à Freud, le fait isolé l’attirait et il ne pouvait le chasser de son esprit qu’après en avoir trouvé l’explication. La valeur de cette tournure d’esprit dépend d’une autre qualité du jugement. Le fait en question pouvait être insignifiant et son interprétation dans ce cas n’offrirait aucun intérêt mais il peut s’agir aussi d’un trésor jusqu’alors caché, une parcelle d’or révélant l’existence d’une mine de ce métal. C’est ainsi que travaillait la pensée de Freud chaque fois qu’il lui arrivait d’observer un fait simple et significatif, il sentait et savait qu’il y avait là quelque chose de générale ou d’universel et l’idée d’établir sur ce point des statistiques lui était tout à fait étrangère » déjà ! « C’est là un effet que lui ont reproché les chercheurs les plus routiniers. Néanmoins telle est la façon dont travaille le cerveau d’un génie. »

Donc j’ai le souvenir, j’avais invité Claude Dumézil dans ma ville et il y avait des psychiatres et Dumézil, un élève de Lacan, psychiatre et psychanalyste parlait. Un psychiatre lui a dit :

« Oui mais nous en tant que psychiatres, on a un avantage, c’est que vous voyez toujours les mêmes patients pendant longtemps alors que nous, on voit plusieurs patients. » Le chiffre !

Mais oui mais… Cinq psychanalyses, je veux dire en cinq psychanalyses, cinq cas, Freud a fait la structure de différentes pathologies, on peut dire, ou de différentes dynamiques psychiques ; seulement en cinq cas. Donc effectivement, il travaillait chaque cas et si je vous lis ça, c’est pour plaider bien évidemment pour l’observation et pour le fait d’être attentif, et non pas à ce que vous savez déjà mais je dirai à ce qui va vous surprendre, le fait isolé. Alors il peut y avoir des faits isolés qui ne riment à rien, peu importe enfin. C’est raté, c’est raté ! Mais il peut y avoir des faits isolés qui ont une valeur et c’est ce que Dumezil appelait en reprenant Lacan « le trait du cas » c’est-à-dire qu’il y a effectivement, ou « le fil rouge », il y a effectivement quelque chose-là qui sur un signifiant ou qui se répète ou deux signifiants qui s’accrochent toujours, il y a quelque chose-là qui vient donner un certain typé, un savoir insu et qui est engrangé dans la mémoire…

Et puis sur la question du contemporain je vais vous lire un autre texte… Qui est assez amusant.

Voilà je vais vous lire un texte… Dont je vous dirai qui est l’auteur après :

« Il ressort des faits généraux que les conquêtes… »

Je vous dirai donc, ne relevez pas ça, je vous dirai où vous pourrez trouver cela.

« Il ressort des faits généraux que les conquêtes extraordinaires des temps modernes, les découvertes et les inventions dans tous les domaines, le maintien du progrès en face de la concurrence croissante ne sont acquis qu’au prix d’un grand travail intellectuel et ne peuvent être maintenus qu’à ce prix. Ce que le combat pour la vie exige de productivité de la part de l’individu s’est considérablement accru. En même temps les besoins de l’individu et ses prétentions à jouir de la vie se sont élevés dans tous les milieux. Un luxe sans précédent s’est propagé à des couches de la population qu’il ne touchait pas du tout auparavant. »

C’était avant les affaires d’aujourd’hui !

« L’irréligiosité, le mécontentement et l’avidité ont gagné des cercles plus étendus de la population. L’accroissement démesuré de la circulation, le réseau universel du télégraphe et du téléphone ont complètement transformé les conditions du trafic. Tout a lieu dans la hâte et dans l’agitation, la nuit sert au voyage et les jours aux affaires. La vie dans les grandes villes est devenue de plus en plus raffinée et agitée, les nerfs sont à plat et on cherche à se détendre dans l’accroissement des stimulations et des plaisirs très épicés, ce qui ne fait que fatiguer davantage. La littérature moderne s’intéresse surtout aux problèmes qui donnent le plus à penser qui remuent toutes les passions et prônent la sensualité, le goût du plaisir et le mépris de tout principe, de toute éthique et de tout idéal. Elle offre à l’esprit du lecteur, des cas pathologiques, des problèmes de psychopathes sexuels, des problèmes révolutionnaires et d’autres encore. En nous administrant à forte dose une musique importune et bruyante, on énerve et on surexcite les oreilles. Les représentations théâtrales excitent et emprisonnent tous les sens, même les beaux-arts se tournent par préférence vers ce qui est écœurant, haïssable, vers ce qui excite et n’hésitent pas non plus à nous mettre devant les yeux avec une fidélité révoltante ce que la réalité contient de plus horrible. Cette description d’ensemble nous montre déjà toute une série de dangers que comporte le développement culturel moderne. »

Bon c’est Freud 1907… Ce n’est pas mal non ? C’est surprenant ! On fait des découvertes en relisant des vieux textes. C’est Freud dans un texte de 1907, texte qui s’appelle « La morale sexuelle civilisée » que vous retrouvez dans le livre qui s’appelle La vie sexuelle où il y a une collection de textes de Freud, et vous le lirez. Il parle ensuite des psychopathes, c’est tout à fait intéressant, après ça dérive un peu. Certains de ses élèves reviennent des États-Unis et ils lui rapportent une nouvelle maladie dont Freud dira par la suite que lui-même l’a, enfin bon, qui est « la neurasthénie » parce qu’à l’époque on était dans des classifications, des « nosologies » voire des « nosographies ». Donc il parle de la neurasthénie, maladie nommée par un psychiatre nord-américain qui s’appelait Beard et qui avait décrit cette …, on pourrait parler de fatigue ou d’épuisement des responsables ou des irresponsables, et donc la neurasthénie, c’est effectivement une asthénie nerveuse, c’est-à-dire une fatigue psychique. Alors il évoquait avec ses élèves qui revenaient des Etats-Unis cette nouvelle maladie, « c’est extraordinaire la neurasthénie etc.… » donc Freud produit ce texte-là et puis à la fin il dit :

« Eh bien écoutez c’est bien gentil tout ça mais qu’est-ce que l’on en fait ? »

Et comme il était sans pitié vis-à-vis de ses élèves ou de ses collègues, il a dit :

« Ils n’oublient qu’une chose, c’est la question de la libido ! »

Alors la libido c’est un truc d’assez particulier, ce n’est pas seulement une énergie, Lacan a repris ça, mais on peut pour simplifier la considérer comme étant une énergie. Lacan en fait un appareil. La libido c’est ce qui va être le désir, ce qui va être chez Lacan le phallus. Alors c’est tout à fait intéressant parce que Freud a rappelé à cette occasion une bipartition qu’il faisait dans les névroses, puisque c’est ce qui l’intéressait les névroses, une bipartition dans les névroses, il a parlé de psychonévroses de défense et de ce qu’il a appelé les névroses actuelles. Et donc, les psychonévroses de défense, c’est l’hystérie, éventuellement la névrose obsessionnelle, la phobie qui est peut-être à part, et les névroses actuelles ça correspond à l’hypocondrie, à l’angoisse et aux névroses traumatiques par exemple… C’est-à-dire que les psychonévroses sont liées au refoulement… aux refoulements, au refoulement de signifiant, Freud ne le disait pas comme ça, de représentants psychiques, alors que les névroses actuelles sont liées à des déplacements de la libido. Freud va classer la neurasthénie parmi les névroses actuelles, et il « classe » aussi d’une manière beaucoup moins précise les toxicomanies dans le champ de ces névroses actuelles. C’est-à-dire qui ne relèvent pas forcément de refoulement mais qui relèvent de mouvements de la libido particuliers, on pourrait dire du désir et de la jouissance…

C’est important. Lorsque je me suis occupé de ces questions de toxicomanies, j’avais un collègue pédopsychiatre qui me disait :

« Mais bon, tu t’occupes de ces gens-là, alors qu’est-ce qui s’est passé dans leur enfance ? »

J’étais bien embêté parce que je ne savais pas ce qui s’était passé dans leur enfance. Rien de particulier, rien qui puisse témoigner qu’ils deviennent plus tard toxicomanes plutôt que délinquants ou que névrosés ou que psychotiques. Et effectivement, je ne pense pas qu’il faille aller voir, bien sûr il y a l’histoire personnelle je vous l’ai dit tout à l’heure par rapport à cette question symbolique, mais je ne pense pas qu’il faille d’emblée aller voir du côté de la petite enfance, du refoulement pour typer les toxicomanies, etc.… Il y a quelque chose de beaucoup plus actuel, d’une névrose actuelle. Qu’est-ce qui fait que ? La question de l’histoire personnelle joue mais qu’est-ce qui fait que si là par exemple si on diffuse la cocaïne là ce soir chez vous, à une trentaine de personnes, il y en a qui vont prendre, il y en a qui ne vont pas prendre, il y en a peut-être qu’ils vont « y rester », je veux dire qu’est-ce qui fait que effectivement si il y a ce, ce trauma, parce que je pense que c’est un trauma, il y a ce trauma, qu’est-ce qui fait que certains vont prendre... C’est une question qui n’est pas réglée encore. Est-ce que tout le monde peut devenir toxicomane ou pas… quand on est confronté à des produits comme ça ? Voilà…

En tout cas je vous conseille ce livre La vie sexuelle où vous trouverez beaucoup de choses et notamment « La morale sexuelle civilisée ». Le titre continue, je ne me souviens plus exactement…

Alors comme il me reste peu de temps, je vais abréger dans le contenu et donc 3e point contemporain. Je vais aller vite parce que c’est assez compliqué mais le contemporain, vous pouvez trouver, c’est Pascale Moins qui m’avait indiqué un livre du philosophe Giorgio Agamben. Giorgio Agamben a écrit un livre qui est un petit livre vraiment formidable et je vous en dirais juste un peu parce que j’ai des choses peut-être plus importantes après, mais il reprend un texte de Roland Barthes, qui lui-même cite Nietzsche :

« Le contemporain c’est l’inactuel ! Ça signifie qu’une telle considération contemporaine cherche à comprendre comme un mal, comme un dommage et une carence quelque chose dont notre époque tire l’orgueil. »

C’est-à-dire que le contemporain, ce n’est pas l’actuel, c’est l’inactuel. Donc il distingue contemporain de l’actuel, c’est l’inactuel et si le contemporain appartient à son temps mais par rapport à l’actuel et à ce présent il s’en distingue en une dyschronie, une non-coïncidence qui lui permettrait en fait un certain jugement. C’est-à-dire que contrairement à « je suis actuel », le « je suis contemporain » qui est une distanciation dans le même temps par rapport au temps présent. Le contemporain est si on peut dire dé-rythmé par rapport au temps présent tout en y étant et il s’agit de s’en démarquer suffisamment pour en retirer de quelque chose du temps présent :

« La contemporanéité est la relation au temps qui adhère à lui par le déphasage et par l’anachronisme. »

C’est une adhésion au temps mais avec un déphasage et un anachronisme. Et le second axe c’est, et là ça intéresse les lacaniens et les freudiens, le second axe c’est l’obscurité et non les lumières. Le contemporain donc toujours d’après le Giorgio Agamben philosophe :

« Est celui qui sait voir les ténèbres, percevoir l’obscurité, c’est celui qui n’est pas aveuglé par l’évidence de la lumière. Le contemporain est celui qui reçoit en plein visage le faisceau des ténèbres qui provient de son temps. »

Ce n’est nullement du pessimisme, c’est du courage au contraire et c’est là que cela nous intéresse en tant qu’analystes :

« Percevoir dans l’obscurité du présent cette lumière qui cherche à nous rejoindre mais ne le peux pas. C’est cela être contemporain. »

Effectivement on pourrait presque dire que c’est être à l’écoute de l’inconscient, percevoir la lumière des ténèbres. Et donc il va distinguer le contemporain de la mode, donc là il y a toute une philosophie du temps dont je ne vous fais pas la lecture. C’est un texte qui est assez compliqué mais qui est joli. En plus il écrit bien évidemment très bien. Ce que l’on pourrait dire c’est que parler du contemporain ça marque une césure dans le temps, ça scinde le temps, c’est le temps du maintenant. Maintenant Michel Serres a dit : « Maintenant, tenant dans la main ! »

Mais qui ne marque pas forcément une chronologie, le « Chronos » ; c’est le « Kairos » et pas le Chronos. Ce n’est pas la chronologie. Il y a un avant mais qui peut être toujours présent comme le futur peut être installé dans le contemporain, il marque une période une rencontre, un rendez-vous. C’est ce qui faisait par exemple dire cette question du temps, ça a été un des derniers séminaires de Lacan le temps et cette question du temps, moi j’aime bien cette phrase de Lacan qui était un peu provocatrice mais je trouve qui est intéressante, il disait que : « Pour la psychanalyse ce n’est pas le passé qui fait le présent mais c’est le présent qui fait le passé. »

C’est-à-dire qu’il a effectivement joué beaucoup plus sur la synchronie, c’est-à-dire sur ce qui se dit maintenant parce que ce qui se dit maintenant du passé, c’est ce qui se dit maintenant ! Avec tout ce que cela emporte comme remaniement intérieur, etc. c’est-à-dire que quand on est psychanalyste on ne fait pas une enquête sociale. Est-ce que ça a eu lieu, etc. on s’en fout ! C’est là dans les propos, dans la parole. C’est ce qui fait aussi que personnellement je ne suis pas très chaud pour recevoir les familles ou les conjoints encore moins, ce que les gens comprennent bien d’ailleurs, il suffit de leur expliquer gentiment. Mais quand par exemple des gens viennent, d’ailleurs ça type tout de suite les relations parce qu’ils ne le font pas toutes et pas tous, mais quand un grand garçon de 50 ans vient avec sa femme et ils sont là dans la salle d’attente, je vais voir pour une première fois la personne concernée, je vais les chercher :

« C’est pour Monsieur ? »

« Oui, oui ! »

La dame se lève et vient avec lui, je dis :

« Non, non, c’est pour Monsieur, je vois Monsieur. Si vous voulez après peut-être on peut se voir mais je ne vois pas les deux en même temps. »

Et quand le monsieur me dit :

« Oui mais c’est ma femme ! »

Eh bien oui d’accord… Ce n’est pas rare. Alors je peux recevoir la personne après si elle est inquiète ou autre mais en tout cas c’est pareil, quand je faisais des réunions au CHU avec les internes, les internes me ramenaient des tas d’anecdotes rapportées par la famille qui peuvent être intéressantes mais moi ce qui m’intéresse c’est ce que dit le patient, sinon après effectivement « il faut » recevoir éventuellement la dame après en entretien. Ce qui est important c’est ce que la personne va dire de son passé, de son futur, de son présent ce n’est pas le passé, le passé fait le présent mais je veux dire qu’effectivement on ne peut compter que sur les signifiants, que sur la chaîne signifiante. Après on ne fait pas une enquête sociale pour savoir si ça a eu lieu ou pas. Ça a été le grand passage de Freud, qui lui est maintenant beaucoup reproché par celui qui tient les archives de Freud aux États-Unis, Jeffrey Masson, c’est ce passage de la réalité au fantasme, c’est-à-dire que quand les pères amenaient leurs filles à Freud en disant :

« Elles racontent des choses horribles, faites-les taire ! »

Et qu’effectivement elles racontaient des choses horribles, Freud à un moment donné s’est dit :

« Ça fait quand même beaucoup, et je vais prendre les choses comme ça vient. »

Et donc, Jeffrey Masson a fait des recherches historiques biographiques pour savoir si effectivement il y avait eu des attouchements des pères des jeunes filles qui étaient en analyse avec Freud. Il y a eu des choses dont il a fait une enquête sociale rétrospective, et bien sûr il a trouvé des histoires de familles, mais en disant :

« Freud n’a pas voulu voir la réalité ! »

Mais je ne sais pas, enfin c’est quoi, quelle réalité ? La réalité ne se voit jamais que dans le cadre de son propre fantasme…

Alors je vais aller très vite et c’est vraiment très dommage mais je vais aller très vite sur un 4e point… donc contemporain ça se définit, oui ?…

Le contemporain tout simple, il n’y a que le titre qui est tout simple… Mais ça vaut la peine…

Voilà c’est ce petit livre-là… Il se lit très vite, très bien. Qu’est-ce que le contemporain ? chez Rivages, « Poche petite bibliothèque »…

Donc je me suis appuyé, je terminerai par ça, je vais aller vite, je me suis appuyé sur comment définir effectivement le contemporain autrement…

Il y a déjà différentes disciplines, différentes disciplines sur lesquelles je me suis appuyé parce que c’était tout à fait intéressant… Je vais passer très rapidement sur la première mais on parle de « musique contemporaine ». Alors qu’est-ce que c’est que la musique contemporaine ? La musique dite contemporaine elle fait appel aux nouvelles technologies, les techniques d’enregistrement, de diffusion des sons. Il y a donc cette dimension atonale, a privatif, c’est-à-dire qu’il n’y a pas la note tonale, qui va donner la dodécaphonie. Le « dodécaphonisme » c’est 12 notes dont aucune n’est privilégiée contrairement à - même dans le jazz où vous avez une tonale qui va donner le ton, et après vous faites les improvisations à partir de ça - mais dans le dodécaphonisme il y a 12 notes qui se succèdent et qui sont toutes égales. C’est intéressant, toutes égales. On parle beaucoup d’égalité aujourd’hui, toutes égales. Une série de 12 notes chromatiques qui viennent se substituer à la mélodie. Donc la musique contemporaine elle n’est pas forcément mélodieuse, mélodique. Ça a commencé après Wagner, Mahler, Debussy et Arnold Schoenberg par exemple je ne vais pas citer tout, Alban Berg, et après ça va donner ce que l’on appelle l’écriture sérielle, le sérialisme, puis la musique répétitive. Tout ça c’est intéressant, l’écriture sérielle, ça peut être Prokofiev par exemple, Chostakovitch qui a fait scandale avec sa musique aussi. Donc ça va donner une musique répétitive jusqu’à par la suite, c’est Phil Glass par exemple, la musique minimaliste et cela va donner aussi des musiques dans lesquelles les instruments sont virtuels. Par exemple ce sont les différentes positions du corps avec les techniques d’enregistrement qui vont donner des sons. Donc on retient atonale et le rythme qui est important, les percussions et la virtualité des instruments qui vont donc modifier l’espace sonore… L’aléatoire aussi, qui n’est pas la même chose que l’improvisation. L’aléatoire c’est le hasard. L’improvisation par exemple - pas seulement dans le jazz parce que les classiques Beethoven ou Mozart improvisaient - mais l’improvisation même en jazz se fait selon des grilles. Mais là il ne s’agit pas de ça. Il y a donc un aléatoire et le hasard. La caractéristique essentielle c’est d’être répétitif voire lancinant avec une pulsation régulière. Il s’agit de rompre avec la mélodie. J’étais très intéressé par un pianiste de jazz comme Martial Solal par exemple, ou son élève Manuel Rocheman qui dès qu’il y a un peu de mélodie, hop il rompt ! Et puis il passe à autre chose, dès qu’il y a de la mélodie il passe à autre chose…

Le 2e point est peut-être plus intéressant, j’ai vu qu’il y avait là justement 3 jours sur l’art contemporain à Paris. Il y a un petit livre écrit par une dame qui s’appelle Anne Cauquelin, un petit Que sais-je ? sur l’art contemporain, ça s’appelle… L’art contemporain… Réalisé par Anne Cauquelin. Elle est philosophe, elle est un peu sévère d’ailleurs. Je vous demande de bien entendre ça quand je parle de cela, je ne parle pas pour me faire plaisir ou vous faire plaisir ou pas, mais c’est dans l’idée de la clinique par ce qu’il y a une clinique contemporaine. Donc déjà on a parlé de pulsations, d’aléatoire, de notes égales, atonales… Et donc il y a une série de caractéristiques qu’Anne Cauquelin a développée pour l’art contemporain.

Le premier point c’est la dispersion des lieux de culture et la diversité des œuvres. Elle met "œuvres" entre guillemets, donc la dispersion. En clinique ça existe la dispersion. La dispersion des lieux de culture. Je vous parlais au début de l’adresse et la caractéristique essentielle est celle du nombre, du quantitatif, de l’accumulation, des lieux, des œuvres, des artistes, des intermédiaires aussi. Important les intermédiaires ! Et donc les critères de distinction du contemporain ne dépendent pas du temps ni du contenu mais selon cette philosophe c’est en dehors de la sphère artistique, dans les thèmes culturels que l’on trouve là, que s’élabore l’art contemporain. Je vous parlais de la conférence de Lacan : en dehors, en dehors de l’acte médical. Donc là c’est en dehors de la sphère artistique que l’on trouve la valeur des œuvres. Et dans les thèmes culturels tels que la déconstruction, la simulation, le vide, les ruines, les déchets, la récupération. J’avais été voir je ne sais plus, c’était je crois en Hollande une exposition de photographies contemporaines et tout était sur les lieux de déchets, sur les usines qui étaient démolies, il y avait donc ce côté-là un peu particulier, c’était au musée d’Art moderne d’Amsterdam il me semble. La photographie moderne. C’étaient des photos de cités industrielles, de chantiers, le Street Art… Et donc cette valeur de l’art n’est pas établie selon le schéma classique de l’offre et de la demande mais selon la multiplication des intermédiaires. La valeur est en fonction de la quantité et des réseaux c’est-à-dire qu’une œuvre aura une valeur en fonction du nombre d’expositions qu’elle aura faites ou de catalogues dans laquelle aura été, indépendamment du contenu, même dit-elle avant d’être créée. Il y a des œuvres qui ont une valeur fabuleuse qui n’ont même pas été créées mais qui ont circulé dans des catalogues, alors sûrement pas avec le contenu, mais voilà l’œuvre de tel peintre qui est quelque chose d’extraordinaire, un fragment ou une promesse, et elle n’est même pas terminée. Donc cette valeur-là est liée à « l’ubiquité » c’est-à-dire qu’il faut être partout à la fois et en même temps. L’ubiquité est le signe de la valeur et la vitesse de transmission en est le moteur essentiel c’est-à-dire toujours plus vite. Et Michel Serres, le philosophe Michel Serre disait :

« L’information est la drogue moderne, dès que l’on en tient une il faut passer à la suivante ! »

Je vais à un colloque en mars, donc je me suis inscrit par Internet et 10 minutes après je reçois un mail :

« Vous vous êtes inscrit pour ce voyage, quel va être le suivant ? Voici un choix… !»

10 minutes après !… C’est fréquent… Ce n’est jamais assez, ce n’est jamais suffisant et donc l’auteur du petit Que sais-je ? distingue là deux régimes d’économie, le premier qui est né dans l’ère industrielle et qui est l’économie de la consommation, de la réclame, le système de publicité, des intermédiaires du système marchand, critique, je passe là-dessus avec la multiplication donc des figures, des intermédiaires et le 2e est le régime de la communication , celui de la transmission de l’information et de l’évolution des technosciences dans une compétition internationale… Donc avec cette imprégnation du social, l’information, l’informatif, l’informatique… Ça fait partie des demandes, ces gens qui viennent, qui sont informés sur Internet, qui ont été sur 10 sites Internet et qui viennent vous voir avec une espèce de kaléidoscope de symptômes qu’ils n’appellent pas symptômes et qui ne sont pas des symptômes d’ailleurs. Il ne faut pas faire le tri, il faut essayer de trouver un fil rouge, c’est-à-dire :

« Qu’est-ce que vous me demandez, qu’est-ce que je peux faire pour vous, vous vous adressez à qui ? »

Donc avec ces ouvertures à tout-va vers un extérieur espace ouvert et quasi illimité. Jouissance sans limite…

Donc dans l’art contemporain il y a aussi un autre qualificatif, l’idée d’égalité de tous devant l’information. Alors ça, je ne veux pas non plus, je ne fais que l’évoquer mais l’égalité c’est aussi ce que l’on rencontre maintenant avec les patients. C’est-à-dire que le médecin bien sûr n’est plus la figure sur son piédestal. Le patient qui vient, informé de tout ça tous azimuts vient avec son savoir, un savoir éclaté, sans savoir véritablement ce qu’ils demandent, sauf certains - je caricature un peu. Mais avec cette idée que vous traitez d’égal à égal. Alors que je rappelle le titre d’un séminaire de Lacan sur le transfert, c’est un peu différent parce que c’est assez spécifique mais je ne dirais pas le titre en entier mais le début, explicite ici : « Le transfert dans sa disparité subjective », sa disparité c’est-à-dire que l’on n’est pas dans les mêmes places. Alors il ne s’agit pas d’être égal ou pas égal, on s’en fout, mais il s’agit de ne pas être à la même place. C’est-à-dire par exemple que je fais souvent des rappels à des patients qui vont me dire une chose, je traduis, je suis un passeur de mots, un traducteur. Je « traduis » en disant :

« Bon eh bien je pense que là dans ce que vous venez de me dire vous avez insisté sur telles choses quand même. »

Et il y a parfois des réactions du type « mais non vous n’avez pas compris, ce n’est pas cela », sans acceptation qu’autre chose a été entendu. Je peux dire alors :

« Écoutez, si vous venez me voir c’est en tant que professionnel, si c’est pour discuter comme ça d’égal à égal ce n’est pas comme cela que ça se passe ! ». Je ne le dis pas ainsi mais laisse entendre cela.

Ce qui n’est pas toujours très bien pris, parce que la notion d’égalité aujourd’hui est une notion dans le champ social importante, courante, et redoutable. L’idée d’égalité de tous devant l’information.

Autre concept dans l’art contemporain, c’est la transparence. Ici tout se passe à ciel ouvert, aucun secret. L’autre notion est celle de la vitesse, je l’ai déjà dit, partout à la fois en même temps, et donc elle le dit, elle a tout un chapitre là-dessus :

« L’immédiateté avec même… »

C’est ce que je vous évoquais…

«... l’avance du signe et sur la chose… »

C’est-à-dire que le signe précède ce dont il est le signe. L’avance du signe sur la chose ça veut dire qu’on vous donne le signe avant même que la chose soit faite, c’est ce que j’évoquais tout à l’heure. Donc le signe précède ce dont il est le signe c’est-à-dire la chose…

Donc l’autre chose aussi, c’est la nécessité d’un effet de circularité c’est-à-dire de bouclage, de répétition, de redondance, de saturation… Et ici également tout est sur le même plan. Les rôles sont interchangeables, ils ne sont pas individués, c’est-à-dire qu’un conservateur de musée peut aussi écrire la préface d’un catalogue, assurer le rôle de commissaire d’exposition, être gestionnaire, être spéculateur, il pourrait aussi assurer une place internationale. Voilà les rôles sont interchangeables, ils ne sont pas individualisés. Elle parle également de « l’importance de la nomination »… C’est important en effet puisque là ce soir vous me demandez les titres, de livres, de textes, effectivement c’est important pour se repérer. Donc ensuite les 2 principes essentiels de cette technologie sont progrès et identité, et il faut donc qu’il y ait répétition pour qu’il se fasse écho à lui-même. L’auteur insiste beaucoup sur cette « nécessité d’une saturation, d’une circularité dans les réseaux » et le contenant importe beaucoup plus que le contenu. C’est donc de l’extérieur que la valeur prend acte et non pas de la valeur esthétique si l’on peut dire du tableau…

Bon il est 20 h 30, j’avais l’intention de vous parler un peu plus de clinique mais la psychopathologie vous la faites ailleurs, à l’extérieur, vous la faites ailleurs qu’ici mais ce que je veux dire ici, la clinique qui me semble importante, c’est l’angoisse, c’est souvent le motif de demande, c’est la phobie, des phobies mal caractérisées. La phobie c’est quoi ? La phobie c’est ce qui vient faire barrage à l’angoisse, à la jouissance de l’angoisse. C’est-à-dire qu’un objet est enfin trouvé à l’angoisse, c’est-à-dire que l’on peut nommer ce qui fait angoisse, c’est la phobie ! Et puis bien sûr toxicomanie et addiction qui me semblent très actuels, Pascale Mons vous en parlera, la dépression également en mentionnant que la dépression n’est pas un symptôme mais qu’elle est un affect et que toutes nos cliniques, toute notre clinique actuelle est du coté de l’affect, je le résume mais cela me semble important.

Je terminerai là-dessus, toute notre clinique actuelle est établie beaucoup plus sur des conduites que sur des symptômes ; les symptômes sont liés au refoulement, les conduites ma foi elles sont liées aux conduites c’est-à-dire à des agissements. Quand vous constatez : addiction, toxicomanie, violence, c’est une mise au ban de la parole et du langage… Donc la clinique contemporaine me semble s’appuyer sur les conduites et sur l’affect. Voilà ce qui type à mon avis la clinique d’aujourd’hui, c’est que l’on est beaucoup plus dans le registre de la conduite que dans celle du symptôme et beaucoup plus dans celle de l’affect que dans celle du raisonnement ou du langage. Voilà il faut que ça affecte, troubles de l’humeur voilà tout est trouble de l’humeur aujourd’hui. On ne peut pas avoir un avis un peu péjoratif ou enjoué sans que l’on vous dise :

« Ah mais vous êtes triste, vous avez le trouble de l’humeur ? »

Non, on peut critiquer, on peut ne pas être content, être triste sans forcément avoir des troubles de l’humeur, mais tout est balisé aujourd’hui sur des conduites, des troubles de l’humeur. Donc soyez vigilants lorsque vous recevrez des gens à les « repositionner » du côté de la parole et du langage ; vous abolirez déjà pas mal d’anxiété…

Bon, vous aurez des collègues qui vont, alors je ne sais pas je pense que vous avez le module. Donc le lundi 11 février Sylvie Zucca sur l’image, « Lire l’image », c’est un joli titre : lire l’image justement. Pascal Moins « Passage par l’alcool », Pascal Belot-Fourcade « Le tout à l’ego », ne vous trompez pas ! Et « L’accord du participe passé », Martine Lerude « Le fantasme à l’épreuve des biotechnologies », Martine Lerude s’occupe beaucoup des adolescents et des écrans. Marie-Charlotte Cadeau vous parlera de la question des « Genders », le gender, la question du genre, je lui ai demandé de parler un peu de cette question masculin féminin. Thierry Florentin « Actualité du burn-out : de quoi parle-t-on ? », Louis Sciara « Fonction paternelle et sexuation : comment la clinique contemporaine interroge le sexuel » et puis le samedi 13 avril je pense que je reviendrai pour mes 2 amis, Christian Bucher qui est un « pénaliste », un expert, psychiatre, il s’occupe beaucoup des jeux et il a écrit le petit Que sais-je ? sur les jeux, conjointement avec Marc Valleur ; ici donc il parlera de « L’aléa dans tous ses états », l’aléa, l’aléatoire, enfin le Pr Christian Schmidt est un des grands théoriciens internationaux du jeu, il va parler des jeux de société comme révélateur des mécanismes mentaux cachés. Alors le Pr Schmidt va parler un peu de neurobiologie et de cognitivisme mais bon nous adorons ses travaux et la façon dont il décode ces complexités que sont les logiques du jeu.

Voilà bon courage et à très bientôt… Vous avez peut-être des questions je ne sais pas enfin si… Il est tard, je ne sais pas si vous, non, vous avez des questions ou des remarques…