Angoisse sociale


INTRODUCTION AU TRAVAIL DE L’ANNÉE

Angoisse sociale


par Claude Landman, doyen de l’EPhEP

 

Peut-être l’avons-nous oublié, mais le terme social renvoie à la dimension de l’alliance. À Rome, les nations étaient dites sociales lorsqu’elles étaient militairement alliées. Par extension, le social est ainsi fondé sur ce qui lie et unit les différents protagonistes qui s’allient entre eux, c’est-à-dire sur une parole qui les engage.

 

Avec la modernité, la révolution scientifique et industrielle, le développement du capitalisme, s’est instaurée dans le lien social une manifestation clinique proche de l’angoisse que Freud a décrite dans un texte essentiel écrit en 1930, Malaise dans la civilisation : « Il semble bien établi que nous ne nous sentons pas à notre aise dans notre civilisation actuelle. »

 

Pour rendre compte de la structure du lien social et du malaise qui accompagne son fonctionnement dans les différentes modalités selon lesquelles il s’organise, Lacan a produit une écriture qu’il a nommée par un mot du langage commun, celui de discours. Ces discours qui sont au nombre de cinq, distinguent différentes places et renvoient à une topologie précise. Parmi eux, seul le discours psychanalytique semble être en mesure de faire entendre le lien qui existe entre l’angoisse et la production de ce que l’on appelle l’objet, dans sa triple dimension érotique de cause du désir, de jouissance sans limite (plus-de-jouir) et de déchet, qu’il s’agisse des objets pulsionnels ou des objets de la production industrielle et technologique.

 

Nous serons amenés à examiner dans quelles circonstances le surgissement de cet objet est susceptible de produire cliniquement l’affect d’angoisse à partir de la référence aux grandes structures psychopathologiques et à l’accumulation sans précédent dans notre culture d’objets détachés du travail en rapport avec le corps, ainsi que de la multiplication des déchets de tous ordres à l’origine de la pollution.